Les années 1950-1955.

Debout: Martre, Seignier, Jourda, Boyer, D’Andréa, Saunière, Tanière, Bonzom.
Accroupis: Nicol, Camboulives, Ruta, Danjou, Vaysse, Audouy, Fourcade

ANNEES 1950-1955.

Pour sa première saison à la présidence de l’U.S.Q., René Galy connaît une saison assez exceptionnelle : l’équipe fanion engagée dans le Championnat de France de 3ème Division fait quasiment un parcours sans faute ne concédant que deux défaites (l’une à Prades après un match houleux et l’autre à Lannemezan), cinq nuls et 7 victoires. L’U.S.Q. finit 1ère de sa poule avec un total de 34 points et en poche une qualification pour les phases finales.

C’est au cours du mois de Janvier 1955 que fut également construit le portique d’entrée du stade. Au cours de cette saison, nos juniors disputent la Coupe du Languedoc face à des équipes séniors de séries régionales comme Cazouls, Olonzac, etc… afin d’acquérir une plus grande maturité.

Pour les supporters quillanais, la fête débute en ce début de printemps 1955 : l’U.S.Q. affronte l’équipe du Sport Athlétiques Bordelais, à Moissac, en 16ème de finale… victoire 8 à 6. L’aventure se poursuit, en 8ème, à Montauban, Quillan bat après prolongations l’équipe de Montluçon. En quart de finale à Beaumont de Lomagne, La Teste, à son tour, est victime de l’ardeur quillanaise. La demi-finale se joue à Arcachon contre l’équipe de Trignac. Le match est âpre, aucune des deux équipes ne parvient à l’emporter… même après les prolongations : l’U.S.Q. se qualifie au bénéficie de l’âge. Si l’adversaire de l’U.S.Q. est connu : il s’agit de Saint-Claude (classée 1ère équipe de 3ème Division avec un palmarès impressionnant : pas une seule défaite concédée à l’issue des matchs de poule), il n’en est pas de même du lieu de la finale puisque dirigeants, joueurs et supporters devront attendre de longues journées avant que la Fédération ne fasse son choix. Une fois encore, les supporters quillanais devront faire un long déplacement : la finale aura lieu a Châteaurenard. Le 15 mai 1955, devant une importante cohorte de supporters audois, l’U.S.Q. renoue avec un passé glorieux en emportant le titre de Champion de France de 3ème Division (Excellence). Titre tant attendu… mais titre acquis difficilement. Dès le début de la partie Vaysse voit sa tentative de pénalité renvoyée par la barre. Malgré une domination quasi constante, Quillan ne parvient pas à s’imposer. A la fin du temps réglementaire, le score est de 3 à 3. Il faut donc jouer des prolongations. La partie reprend, l’U.S.Q. dont la domination avait été jusque là stérile parvient à marquer un essai par Azalbert après une percée de Teisseire. Les minutes s’écoulent et c’est miracle si les Jurassiens n’encaissent pas des essais supplémentaires.

Au coup de sifflet final, les supporters audois laissent éclater leur joie : les Jourda Roger, Martre H., Vaysse Marc, Faure J., Bonnarel A., Palancade G., Saunière J., Boyer H., Danjou A., Vaysse Julien, Graulle G., Teissière C., Azalbert P., Canavy R., Mellendez, Delon, Barcello A., Llanas redonnaient à l’U.S.Q. un nouveau titre de noblesse.

Ce nouveau titre sera dignement fêté ; l’équipe, ses responsables techniques et dirigeants seront reçus à la mairie en présence du Sous-préfet. La fête se poursuivra tard dans la nuit avec un bal sur la place Raoul de Volontat.

Voilà l’histoire de l’U.S.Q. telle que la décrivent les documents de l’époque. Voici maintenant la même période vécue par un acteur : A. Danjou.

La folle chevauchée ou les miracles d’y croire.

La saison 54/55 est la période de brassage d’un tout jeune contingent rouge et bleu à peine sorti de sa minerve de junior. C’est l’entraîneur d’alors, René Danjou, qui mettra patiemment en formule l’équipe qu’il avait pour mission de maintenir en 3ème Division : ambitions “largement suffisante pour ces jeunots ».

Les prétentions du Président Galy n’allaient guère plus loin ni plus haut d’autant que ses troupes sans chaussures et presque sans pantalons traînaient à la 3ème place de leur poule. Cette place était due pourtant à un début de cohésion difficile axé autour de la devise “No passaran”. Devise empruntée de l’autre côté des Pyrénées et rôdée pendant cette période au scabreux passage en poule catalane. “No passaran”, ce genre du “Un pour tous et tous pour un” permettait à ce cartel d’une moyenne d’âge de 22 ans avec un pack frisant les 600 kilos, tout habillé et mouillé, de se frotter à des bien plus puissantes et plus chevronnées formations, sans complexe aucun.

Il est un fait qu’aucun d’entre les opposants n’arrivait à trouver une faille dans le dispositif défensif mis en place. Les rouge et bleu ne marquaient pas beaucoup d’essais, parce qu’ils ne pouvaient disposer que de peu de ballons d’attaque, mais l’adversaire n’en marquait aucun ! Ainsi, dans la poule, en octobre 54, Thuir, Céret et Foix ne marquaient que sur pénalités ; en Novembre idem pour Prades qui infligeait à Beaumont la première défaite aux Quillanais.

En Décembre, même version des faits Ussel était battu chez lui 5 à 3, Pamiers à Pamiers 6 à 3 et Lannemezan chez lui acceptait le nul 3 à 3, une pénalité partout.

Début 55, Espéraza prenait 11 points contre rien et Foix s’inclinait 3 à 0. En Février, Elne concédait le nul chez lui 6 à 6, Prades à Prades faisait tomber le club rouge et bleu d’une pénalité tout comme Lannemezan chez lui qui marquait lui, un essai et 14 points contre 3.

Ne pas laisser passer impliquait un altruisme total avec des références particulières. Ainsi le “Joug” Jourda, même s’il n’avait pas la vitesse de ses vingt ans (c’était l’ancien du lot) arrivait toujours le premier en mêlée et en touche.

Les avants éparpillés dans leur rôle défensif se repéraient à ce genre de panache qu’étaient ses bras levés comme de sémaphores nous aurait soufflé Georges Brassens. C’est peut-être en l’honneur de ce dernier qu’il eut un trait de génie ou une imaginaire contre litote. Ainsi, après le match de Foix, il fut sermonné par l’arbitre de la rencontre qui décida de lui retirer sa licence.

Sous la pression des dirigeants quillanais, ce dernier accepta toutefois de ne pas envoyer la licence à la Fédé, sous réserve que le “Joug” veuille s’excuser. Difficile à manœuvrer, ce “Joug” taillé de toutes pièces dans le chêne le plus résistant, pourtant l’envie de jouer prima et Jourda consentit à se présenter, sous les tribunes, dans le vestiaire de l’arbitre, où il eût cette phrase d’excuse mémorable : “Monsieur l’arbitre, je vous excuse !”. Trompé par la sincérité du repentir et sans tellement prêter attention aux termes utilisés, le référé serra la main du coupable qui put rejouer, ainsi, le dimanche suivant.

“Papillon” Martre (Hervé), comme son surnom l’indiquait, poussait loin ses actions qui l’amenaient souvent à quitter le cocon protecteur de son huit. Il était pour le talonneur adverse, une sorte de peste comme le sont en judo les virtuoses du ko soto gake.

Un peu avant lui, Pierrot Jalibert, Don Quichotte des stades, jouait les justiciers sans craindre les pattes des moulins à vent qui lui étaient opposés.

Marc Vaysse qui nous quitta sur blessure, puis Jean Monié remplacé un peu plus tard par Luchesse à peine de retour du service militaire assuraient une tête de mêlée fonctionnelle non par le poids mais par un gabarit… de petit gabarit.

En 2ème ligne, “Titin” Bonnarel était le préposé à la récupération en touche de quelques ballons et surtout responsable des dribblings, non pour les mener, ce qu’il savait bien faire mais surtout pour faire avorter ceux de l’adversaire. Il fallait à cette époque un certain courage pour arrêter ces trains de pieds en marche aussi efficaces que des cohortes de légionnaires romains. Outre cette spécialité il avait le don de calmer, son éternel sourire aidant, les esprits en mal de vengeance et apportait certaines nuances dans les rapports avec le monde arbitral.

“Le docteur” Faure avait lui, une manchette anesthésiante d’où son surnom ; il réglait à sa façon toujours angélique les petits différents du pack. Cette bénédiction passagère permettait de décourager les agressifs d’en face !

Llanas faisait lui aussi la police, suite logique à sa profession qu’il a terminée dans les Pyrénées Orientales.

En 3ème ligne, Julien Saunière (nous l’avons toujours prénommé René) dit “Panière”: on se demande qu’elles peuvent être les origines de son surnom tant il était efficace et adroit aux moments les plus délicats (référence le match des 16ème contre Bordeaux).

Il est vrai que Jeannot Tailhan ne lui a jamais, même après la finale, pardonné d’avoir manqué le ballon de la gagne contre la Teste. On lui attribuait un petit défaut : il avait parfois de la difficulté à lever les pieds, ce qui semblait lui assurer par mimétisme une sorte de vengeance au travers des agressions qu’il encaissait lorsqu’il suppléait “Titin” dans son barrage aux dribblings.

“Riri” Boyer avait, lui, la spécialité du plaquage en planche : un numéro particulier qui le projetait comme un V1 à 80 cm du sol, sur le possesseur de la balle. Son impact faisait plier de douleur les infortunés adversaires dans son objectif.

Georges “Jo” bien sûr dit “La Palanque”, Palancade, le capitaine avait la particularité d’arriver sur l’ouvreur d’en face en même temps que le ballon et si ce n’était pas le cas le premier centre recevait ses congratulations défensives. Son action était aussi percutante que son commandement et ses prises en touche longue ne manquaient pas de classe, même sur les lancers imprévisibles de son demi.

Derrière hormis l’immuable duo central Teisseire-Delon, dont les ancêtres avaient du dresser des barricades au temps de leur splendeur, les ailiers comme les demis changeaient assez facilement de numéro.

On vit Danjou avec le numéro 11, le 10, le 13, le 15 (son poste de prédilection) avant d’être intronisé en numéro 9 ; de même Barcelo prit tour à tour le 10 pour finalement être préféré à l’arrière.

A l’ouverture, après le décès de Gilbert Graulle un merveilleux technicien, André Mélendez aida parfaitement à cette mise en place en attendant Julien Vaysse qui devint la tour de garde de cette charnière, une tour inexpugnable, du vrai béton.

Chez les gens qui s’exprimaient par leur vitesse Canavy avait la manière élégante et éthérée à la fois, d’un écolier qui en cours de maths pense à son premier baiser, mais quelle aisance naturelle !

Azalbert avait gardé de son passage à treize un punch meurtrier et une qualité défensive indéniable, comme au temps de Jojo Jalibert “La bomba” il serait devenu un perce murailles… s’il avait eu quelques munitions supplémentaires.

Félix Péléato avait peut être une vitesse un peu moindre, mais son crochet intérieur n’en aiguisait pas moins ses appétits d’espace et de plein champs, ce qui permettait à notre redoutable 3ème ligne de continuer ses virevoltantes actions.

René Lacombe, à son aile, “enseignait” les bonnes manières ; elles n’étaient pas tout à fait celles de son école de Belvianes mais professaient l’efficacité, c’est sûr.

Jean Palancade avait, avec quelques kilos de plus, les mêmes manières que son frères Georges. Bon sang ne pouvait évidemment pas mentir.

C’est avec cet hétéroclite ensemble, mais combien sérieuse cristalline composition que s’ouvrit la saison avec la venue de nouveaux plus jeunes encore, parfois, comme Jean Audouy, Henri Ricardo, Jean-Pierre Honoré, Charles et René Bergeron, Robert Ruffié… et sans doute quelques autres que l’on a, c’est bien dommage oubliés, seulement aujourd’hui, parce qu’ils n’ont fait que passer, cette année là.

Les tactiques

Comme les joueurs, elles allaient chercher leurs sources dans les extrêmes et leur vertu dans l’improvisation fonctionnelle.

Ainsi il n’était pas exceptionnel d’appeler près de notre ligne de but des touches “Jo”, soit des touches longues ajustées sur le capitaine, voire très longues, directement sur le demi d’ouverture et ce grâce à des lancers imitant le geste du lanceur de javelot.

Au contraire des touches très courtes, comme devant le S.A.B. étaient assurées à deux pas de la ligne de but adverse.

:Lucien Chaubet, Tony Membrives, Bousquet, Dandréa, Serge Bosch, Guichou, Robert Sénié (familièrement Beubeuche) Martres (papillon) Le civil accoudé à la barrière Léon Nowak joueurs accroupis : Fourcade (le Bison) X, Camboulive, Clarac, X – X – Audouy

Julien Vaysse

De même en mêlée, on peut dire que le ballon sortait à la demande même s’il fallait aller le chercher dans les pieds des deuxièmes lignes de l’équipe adverse, ou par une poussée inattendue et fragmentée dans le temps. Les trois-quarts, eux, souvent privés de ballons étaient multifonctions et comme des clefs anglaises, s’adaptaient à tous les jeux et toutes les techniques, toutes les pièces du puzzle qui leurs étaient proposées. Leurs actions pouvaient prendre départ au ras de la mêlée comme revenir y rechercher quelques forces supplémentaires. De toute façon, jamais un ballon ne leur échappait dans leurs assauts vers les lignes adverses aussi imprévus qu’efficaces. Leur arme favorite et combien percutante était les ballons récupérés sur leurs plaquages et relevés au passage par l’un ou l’autre des trois-quarts, ou encore un avant venu prêter main forte.

Celle de la troisième mi-temps n’avait aucune comparaison avec les brillantes retrouvailles des clubs heureux. Les acteurs étant à ce point fatigués que le chauffeur et propriétaire Escalin n’avait plus aucun souci pour conduire dans un calme frisant le cauchemar de l’abandon, alors qu’il ramenait “ses petits” au bercail.

Les dirigeants

Les dirigeants étaient à la mesure de cette équipe, ils étaient aussi âpres dans leurs critiques que copains-copains.

Jean Bonnet avait un penchant pour les lignes arrières, mais possédait beaucoup d’amis dans le pack. René Danjou contrairement à son poste aux Indirectes était très direct. Certes sa paternité dans le clan des joueurs lui imposait d’être sans doute plus sévère vis à vis de son rejeton, mais il avait l’avantage lors des entraînements de courir au moins autant que les joueurs, comme de partager leurs états d’âme et parfois leurs exagérations. Bref il comprenait ! Jean Tailhan, le secrétaire savait allumer toutes les étincelles sans se soucier des brindilles qui pouvaient s’en extraire mais il était présent surtout dans la défaite quand les joueurs avaient besoin de lui. Seul à suivre sans broncher, l’inépuisable trésorier Jourdet semblait attendre des excès de dépenses qui ne venaient jamais. Le président René Galy participait à tous les déplacements et jouait souvent au taxi, avec sa bétaillère, pour amener ses troupes au stade.

Même le chauffeur de tout temps et de tous les temps Henri Escalin, inlassablement bougon, se laissait prendre au plus petit compliment de l’un des équipiers d’alors, et faisait tourner son car à des rythmes infernaux alors qu’il entretenait avec sa machine des relations d’un amour aussi attentif que la poussière qu’il enlevait tous les jours, sur la carrosserie, devant l’ancienne boucherie de Titin.

Henri Cartier n’était pas à proprement dire un dirigeant, mais il était avec son épouse de tous les rendez-vous. Pierrot et Babeth Signoles tenaient le siège de toutes les joies comme de toutes les peines ressenties dans les défaites, il avaient la manière d’apporter le verre qui réconcilie ou celui qui est nécessaire au moral des troupes.

Les supporters qui s’agrippaient aux “basques” quillanaises, arrivèrent, passé le temps des vendanges, en grappes toujours plus compactes… au fur et à mesure des résultats obtenus. Mme. Bergeron et Julot Pages étaient sans aucun doute, l’une comme la statue de la Liberté le flambeau de ces regroupements, l’autre, Julot le témoignage vivant du passé présent au fil des finales qui n’en finiraient pas. L’éternel suiveur qu’il était, faillit pourtant passer quelques jours en arrêt à Montauban. Il était venu, par le car des joueurs, accompagner l’équipe. L’ensemble car-joueurs-Julot se retrouva, pour cause de travaux perdu dans Montauban en instance de déviations. Avisant un gardien de la Paix, notre Julot fit arrêter le car, ouvrit la porte et demanda le plus naturellement du monde au préposé : “Pardon Monsieur l’Agen, la route d’Agent s’il vous plaît ?” Réveil de la chorale du car transporteur et le chahut qui en suivit faillit irriter le défenseur de la loi.

La suite eût toutefois une fin heureuse sauf pour Julot qui fut poursuivi bien des fois par des voix d’outre-car qui lui rappelèrent son inversion d’agents de liaisons.

Il serait injuste d’oublier Marius Rivière de Laval dit “Tonton Marius”, Arthur Moreau, Jammes, François Durand et nous nous excusons d’en oublier comme Amédée Cutzach, Valette, etc… La poule constituée de catalans surtout, avait été rude pour ces jeunes prétendants, presque autant que pour le car d’Escalin qui avait subi la loi des vignes catalanes et des pierres qui normalement y séjournent.

La place de meilleur trente deuxième était, vous ne pouvez en douter, un exploit en elle-même. Cette meilleure sixième place découverte au dernier moment du championnat permettait d’obtenir le visa de trente deuxième qualifié et donnait l’accès aux 16ème sous réserve de rencontrer le meilleur club français du moment à savoir le S.A.B. ou Stade Athlétique Bordelais et Dieu sait s’ils étaient athlétiques ces noirs vêtus de la Gironde. A l’entrée du stade de Moissac, bien des spectateurs eurent l’impression qu’une bande de gamins aux chaussettes dépareillées se trouvait opposée à une cohorte de quinze gladiateurs, à tout prendre, les meilleurs du cirque, en ce sens que leur plus freluquet de trois-quarts centre était plus costaud que Titin lui-même.

L’épopée et ses miracles

Il y eût certes un léger flottement lors du coup d’envoi donné par Julien Vaysse, mais dès les premiers bruits de crampons sur le sol, le sentiment d’inconfort fit vite place au bonheur guerrier de l’affrontement.

La première mêlée malgré les jarrets tendus à claquer du huit quillanais ne tînt pas longtemps en place. Une vague noire que l’on qualifierait aujourd’hui aussi terrible que celle de l’Érika emportait et piétinait tout sur son passage. Sans cesse les rangs se resserraient côté quillanais comme pour mieux se faire punir.

Cette leçon des premières minutes, tant en mêlée qu’en touche donna, fort heureusement à l’adversaire une fausse idée de l’énergie rencontrée. La maîtrise dans tous les compartiments de cette vague noire prit de telles proportions que la tactique des bordelais en fut changée. Ils voulurent hâter, dans le boulevard qu’ils ouvraient, la mise à mort peut-être pas, mais en tout cas la punition aux souillons qui avaient eu l’audace de se présenter…

Et les premiers “up and under” naquirent. Ce coup de pied qui prend le ciel pour cible pour dans sa chute favoriser l’élagage des meilleures intentions de jeu et autres convictions d’héroïsme. Il y eut, si nos souvenirs sont bien présents, consécutivement sous ce martèlement, six arrêts de volée d’affilée. Le premier kamikaze, il ne s’en doutait encore pas, Danjou se retrouva, lors de son arrêt de volée, six bons mètres plus loin catapulté par la horde bordelaise sans pour autant lâcher le ballon, puis cinq fois de suite Saunière, le deuxième kamikaze, averti, celui-là, subit le même sort.

Depuis, son “à moi” est rentré dans la légende d’autant que ceux qui pouvaient aussi intervenir réfléchissaient aux conséquences durant l’envol de l’ovale cuir. Une pénalité à trois points endommageait à peine le moral rouge et bleu d’autant que Julien Vaysse égalisait dans une des rares incursions quillanaises dans le noir habitat de cette troupe de bisons.

Tenir, tenir, il le fallait, le reste tenait, lui, du courage et de la chance, d’autant que Vaysse avait redonné par une pénalité un semblant d’aubaine supplémentaire. Tout un chacun faisait au mieux de ses moyens pour endiguer la noire avalanche, plaquant à tour de bras où par anticipation faisant avorter les actions les mieux menées et de ce fait les plus dangereuses.

La chance, donc, se joua pourtant dans les arrêts de jeu. Les Bordelais avaient oublié leurs coups de pieds à suivre et bousculant les dernières résistances se retrouvaient avec un essai de masse, en bonne position derrière les poteaux (6 à 6). Derrière leur ligne de but en attendant la transformation, le découragement était de mise, avec : un 8-6 en bout de compte. Tant le moral en prît un coup que Jourda regardant Danjou lâcha : “c’est foutu !”. A quelques secondes de la fin du match cette prédilection était aisée.

Toutefois, la rage de Dédé qui venait de récupérer le ballon de la transformation est telle que le miracle put avoir lieu. Son drop de remise en jeu depuis le centre du terrain tombe dans les 22 du Stade Bordelais, puis roule, roule et devant le peu d’intérêts à moins que ce ne fut de surprise, il roule encore pour sortir en touche à quelques centimètres du drapeau de coin. L’arbitre regarde son chronomètre et… accorde à la touche le temps d’être jouée.

Tel un diablotin, Titin prive le sauteur bordelais de ballon et en touchant le sol envoie Martre à l’essai, dans un trou de souris tout aussi en coin que le ballon précédemment. Résultat 9 à 8 puisqu’il n’y eut pas de transformation, la joie étant sans doute trop intense ! L’arbitre ne pouvait que siffler la fin de la rencontre aussi passionnante que les dernières minutes du plus grand des polars.

L’U.S.Q., avait pris le chemin de sa plus belle aventure. Un match amical à domicile sanctionne le genou de Danjou qui sera absent pour les 8ème contre Montluçon à Montauban et à Arcachon contre Trignac. A Montauban, Montluçon tombait 9 à 3, sans avoir pu franchir la ligne d’essai des Quillanais. C’est ce jour là que Georges Faure fut puni pour avoir voulu faire un peu de ménage alors que les Auvergnats ne s’en privaient pas. C’est à sa sortie du stade que Titin promit à son ami et collègue de 2ème ligne de jouer deux fois plus, comme pour le rassurer et lui ôter un peu du chagrin qui le submergeait. C’est sans doute pour tenir parole que notre Titin national réalisa l’exploit de marquer un essai lors des prolongations, ce qui le fit citer sur le Midi Olympique comme le meilleur joueur de la rencontre.

A Beaumont se jouait La Teste, qui avait eut sans doute le tort de rajeunir insuffisamment son équipe. On retrouve l’équipe qui avait affronté le S.A.B.. Hélas, dès les premières minutes, le genou de Danjou lâche prise et le demi de mêlée ne sert plus que de transmetteur et à la rigueur de défenseur.

Jouer à quatorze et demi n’est pas, si près de la finale, la garantie idéale et pourtant un nouveau miracle se dessine vers le milieu de la seconde mi-temps. Dans nos trente mètres, Papillon poussé par un 8 exceptionnellement dynamique conquiert la “patate”. La balle sort et habitude comme conviction aidant la 3°ème ligne des basques heureuse de sa liberté conditionnée par le sort comportemental de leur 9 d’adversaire, se jette à corps perdu derrière sa ligne de trois-quarts, afin de museler toute tentative d’une liġne d’attaque qui leur en faisait voir de toutes les couleurs.

Bref, un boulevard vient de s’ouvrir et même clopin-clopant notre demi de mêlée peut sans coup férir aller tout seul comme un grand, jusqu’aux environ des 50 où une voix salvatrice crie “Dédé !” Georges Palancade avait en premier réagi à cette fugue.

Servi, il poursuit sa course légèrement en biais pour éviter le retour de l’ailier gauche adverse et à quelques mètres des buts, quasiment sous les poteaux, il donne à Saunière. Surpris ou émotionné d’une telle opportunité, René tombe la balle qui roule en-but, lui qui n’en avait manqué aucune depuis le début de saison… Le sort en était jeté et le bénéfice de l’âge, une nouvelle fois faisait le reste.

C’est après ce match qu’eût lieu, sur le chemin du retour, un intermède cassoulet qui est resté gravé dans les annales, comme quoi les meilleurs à table ne sont pas forcément les meilleurs sur le stade ! Il nous a été rapporté qu’un joueur aurait avalé 5 rations de cette spécialité chaurienne pour relever un défi, évidemment.

Sur le terrain sablonneux d’Arcachon où le pépé Fabia (autre genre de supporter au physique de pépé tranquille) était arrivé dans une 2 CV aussi âgée que lui, se présentait Trignac. Le gros avantage de cette équipe fut sans nul doute son clan de supporters qui avait fort peu de kilomètres à se mettre sous la dent. Un curieux partage des distances que l’on doit à dame F.F.R.

Pour la première fois de leur carrière, les rouge et bleu furent conspués par la foule tandis que Faure reprenait sa place.

Nouvelle prolongation, nouveau match nul (0 à 0) et nouvelle victoire au bénéfice de l’âge. Tandis que Llanas crachait à plein poumon un sable qu’il avait avalé tout au long de la rencontre, Boyer se frottait les yeux rougis comme pris dans son propre simoun et Tesseire mâchonnait, soit un reste de peau, soit une bolée du terrain arcachonnais.

Vient ensuite le jour de la finale, Saint-Claude, l’adversaire du jour ne comptait que des scores fleuves et le fait de tomber sur ces inconnus de Quillan rois du “bénéfice de l’âge” ne les émeut guère. Ce d’autant que leur chevauchée jusqu’à la finale se soldait par plus de 40 points de différence au compteur.
L’équipe rouge et bleu subissait à son tout dernier moment deux changements.

L’entraîneur René Danjou posait à son fils la question qu’il ne fallait pas poser : “ton genou tiendra ?” L’incertitude de la réponse plaisait à Llanas qui prenait la place de Palancade et Georges glissait dès lors en numéro neuf.

Cet ultime et surprenant changement était assorti du remplacement de Marc Vaysse par Luchesse et d’une consigne peu appréciée par Papillon qui se faisait un honneur de piquer des balles à ses vis à vis et par Jo qui se voyait relégué un temps au poste principal de ravageur. Cette consigne du père Danjou était la suivante : “Vous leur laissez tous les ballons, je dis bien tous les ballons, tant en touche qu’en mêlée, durant le premier quart d’heure et vous agissez en conséquence”.

Pendant que Dédé pleurait dans les “chiottes”, les premières minutes de jeu avaient débuté. La surprise s’installe chez les jurassiens qui bénéficient d’une profusion de ballons. Ces mannes en touche et mêlées sont d’autant plus mal utilisées qu’ils doivent changer quatre fois de demi-d’ouverture durant les dix premières minutes, ces derniers ne supportant pas de se voir assaillis par une nuée de mouches terrifiantes d’efficacité.

Le doute s’installe chez eux, d’autant que l’usure de la charnière de Saint-Claude est consumée. Il est bon de rappeler qu’à cette époque, même pour blessure, il n’y avait pas de remplacement. Il fallut donc que les centres adverses suppléent leurs ouvreurs qui refusaient le ballon.

Avants et trois-quarts pouvaient dès lors, côté quillanais s’en donner à cœur joie. Il fallut pourtant un nouveau miracle, celui d’une balle parvenant à l’aile, ce qui au demeurant était rare, et de voir Azalbert réceptionner aux quarante mètres le ballon que dans sa course à l’essai, dans sa joie extrême et sentiment de puissance, il pressure ou caresse, le saura-t-on jamais ? N’empêche que le cuir, amené contre sa poitrine glisse tout doucettement vers sa taille, aux trente mètres vers ses hanches, aux 22 atterrit sur ces cuisses, à quelques centimètres de l’en but, échoue sur ses genoux. Fort heureusement, il avait franchi la ligne d’essai et marquait dans une position dite fœtale qui ne laissait aucun doute de son amour pour le cuir d’Ovalie.

Le tout était joué, les marqueurs d’essais venus de Saint-Claude étaient subitement devenus stériles. Il ne pouvait en être autrement si l’on voulait que se perpétue la devise : “No passaran”. Seuls les supporters, plus nombreux que jamais, eurent droit de franchir ce no man’s land à l’issue du match. Echange de chapeaux contre une pipe en bruyère et hors tout règlement une grande chaleur humaine engloba ces gens du rugby venus des extrêmes.

Le rugby a cette façon étrange de repousser les limites de l’acquis… à moins qu’il y ait un Dieu des stades, bien entendu. Passé le temps du bonheur impartageable, il y eût une liesse générale à laquelle se prêtèrent très sportivement dirigeants et joueurs jurassiens. Cette manifestation de joie commune ne pouvait pas toutefois tirer un trait définitif sur le manque de tenue postmatch des “Aigles noirs” de Bordeaux, tellement vexés il est vrai.

Le miracle avait eu lieu, tout compte fait, autant de fois que les rouge et bleu ont cru à leur sans cesse renaissant courage. Ces phénix en herbe en ouvrant leur cahier de brouillons avaient raturé les pages d’une impossible version à traduire, elle fut pourtant écrite sans contresens, sur le livre de leur destin.