La Page de Monsieur RUSIGBY

Y a pas que des conneries sur Facebook, il y a aussi du rugby, du rugby et tout ce qui va autour, tout ce qui enjolive notre sport favori.

Parmi ce “tout”, il ya la page de Monsieur Rusigby créée et animée par Didier CAVAROT, ancien joueur et supporter de l’Union Sportive Issoirienne, auteur de livres sur le rugby.

 

Didier CAVAROT

Les bons conseils de Mr Rusigby.

 

Qu’ils doivent être fade ces réveils de lundi matin. Pas une douleur, zéro courbature, même pas un semblant de gueule de bois : la misère totale. A quoi ça sert de jouer au rugby, si c’est pour avoir mal nulle part le lendemain ? Franchement ? A rien !

C’est pourquoi, alors que nous attaquons une nouvelle trêve sans compétition, il est temps que Monsieur Rusigby reprenne les choses en mains avec ses bons conseils, histoire que personne ne perde la main.

Tout d’abord, je ne saurai que conseiller aux avants de se munir de toutes pinces indispensables au bon entretien d’usage de leurs oreilles. En fonction du poste, ils pourront prendre des pinces à linge ou des pinces crocodiles. Pour les plus scrupuleux et les plus perfectionnistes, un petit passage de papier de verre intelligemment dosé peut aussi donner un bon rendu rougeâtre et légèrement gonflé.

Ensuite, grâce à quelques petits exercices spécifiques, chaque rugbyman digne de ce nom, pourra retrouver ses sensations du lundi matin. Par exemple, je ne pourrai que les inciter à tenter de marcher pieds nus dans le noir (s’il fait jour, bandez-vous les yeux). Ainsi, ils se cogneront les orteils contre les angles de meubles et pourront (si fait avec conviction), percuter quelques murs, portes, chaises ou autres frigo, qui leur donneront la sensation d’être sur un terrain.

Manger un citron, peut éventuellement leur rappeler la mi-temps.

Bien sûr, il vous est totalement possible de descendre quelques boissons houblonnées, anisées ou autres, au son de musique festive en direct de chez vous.

Mais surtout, pour réussir au mieux son pré-lundi matin, rien de mieux que de dormir dehors, sur un matelas de cailloux, ou mieux encore, d’aller dormir dans sa voiture jusqu’à que le froid vous réveille.

Grâce à tous ces bons conseils, Monsieur Rusigby, vous garantit un lundi matin enfin retrouvé et digne de ce nom.

Ps : pour les talonneurs, vous pouvez aussi profiter de vos dimanches pour fabriquer vos pizzas vous-même… Comme un dimanche normal..

Ne me remerciez pas, c’est fait de bon cœur

Un jour un poste: le 23 ème

 

Un jour, un poste : le 23eme

Chez les pros, c’est même le 24ème, mais les pros, ils ont des journalistes pour en parler, et s’ils en parlent pas, tant pis pour eux..

Le 23ème

C’est celui qui ne jouera pas ce match de phase finale. Celui, qui ne sera pas remplaçant et qui fera quand même tout comme les autres. Il aura espéré mais il le savait. Il sera le remplaçant des remplaçants. Au cas où..

Il s’entrainera comme les autres, partira en même temps que les autres, se préparera comme les autres, sauf qu’au moment de rentrer dans le vestiaire, lui, il ne se changera pas.

Il pense que s’il n’est que le 23ème, c’est qu’il est nul, qu’il est pas au niveau ou que les entraineurs ne l’aiment pas. Mais il se trompe. Il ne sait pas que ses entraineurs justement, ils se sont cassés la tête pendant des plombes sur son cas. Il ne le sait pas qu’ils l’ont choisi pour son état d’esprit irréprochable, son investissement, son assurance. Il est mal, il est déçu, un peu en colère et pourtant, au fond de lui, il est fier et heureux de faire partie de cette équipe. Il sait qu’il pourrait, en cas de blessures, devenir remplaçant, inscrit sur la feuille. Que si un de ses potes se fait mal ou est malade, c’est sur lui qu’on comptera. Il le sait et n’arrive pas à vouloir du mal aux autres. Il n’arrive pas à souhaiter la blessure ou le forfait d’un copain, et pourtant, qu’est-ce qu’il aimerait le jouer ce match.

Mais il le savait, il s’en doutait et il était prêt. Prêt à jouer, mais aussi prêt à rester en costard sur le bord de la touche, à faire le porteur d’eau, le bouclier d’échauffement, le ramasseur de balle.

Rôle du con. La dernière roue du carrosse. C’est comme ça qu’il se voit. Les autres, ses coéquipiers sont loin de penser comme lui. C’est leur pote, leur frère et Ils le considèrent à juste titre comme un de l’équipe. Mais c’est facile à dire quand on y est dans l’équipe justement. Ils ne peuvent pas comprendre. Pourtant, tous auront un regard pour lui, une tape avant le match, un clin d’œil. Et lui il aura les larmes. Parce que la motivation, la préparation, le stress, l’adrénaline, la pression, il aura tout gardé. Et quand les autres lâcheront les chevaux, lui, il lâchera autrement.

C’est le lot de pas mal de joueurs quand arrivent les phases finales. Et quoi qu’il en pense le 23ème, les autres, ils comptent vachement sur lui..

A tous ceux qui ont été 23ème un jour de match…

 

La grappe à Julie

 

La grappe à Julie (U6)

On y est tous passé pour peu qu’on ait commencé le rugby tout gamin. On a tous connus les gentils éducateurs, avec leurs bonnets, leurs coupe-vents aux couleurs du club et leurs chaussettes par-dessus le pantalon de survêtement. Ceux qui ont essayé de nous expliquer les placements avant-trois-quarts, les lignes d’attaques qui te permettent de faire des passes en arrière pour mieux aller de l’avant. Ceux qui ont essayé de nous donner les bases. Mais quand t’es tout petit, t’es tout petit et rien n’y fait… Pour toi, y a que la grappe qu’est logique.

Alors chez nous, on a voulu bousculer un peu les standards habituels en espérant que les petitous écoutent mieux les dames et on leur a donné des éducatrices. Mais vous savez ce que c’est : quand j’ai envie de faire une chronique sur un sujet précis, j’essaie de me renseigner un chouia… et quand je demande qui s’occupe des U6, y a que Brico (à 7 heures du matin) qui sait me répondre : « Ma femme et d’autres que je sais plus comment qu’ ils s’appellent vu que y a que ma femme qui compte dans ma vie (sortez les violons et les fleurs) ! ».

Donc cette année, on appellera cette chronique : la grappe à Julie, parce que ça fait quand même mieux que la grappe de Julie…

Julie, c’est elle qui a en charge (avec d’autres donc) de s’occuper « des premiers pas » pour un entrainement d’une heure par semaine. Surement qu’à force d’emmener ses mômes à l’entrainement, elle a eu envie d’y rester et de transmettre ce qu’on lui avait appris avant. Elle s’occupe donc des tout petits qui sont nés en 2015 et 2016 et elle leur propose plein d’ateliers ludiques, des jeux rigolos avec un ballon ovale, des challenges sans vainqueurs ni perdants, des presque vrai matchs contre d’autres tout aussi petits et devine ? Quoi qu’il arrive, ils finissent quand même en grappe. Tu penses ! Quand t’as même pas 6 ans, si tu vas faire du rugby, ce qui t’intéresse c’est le ballon et rien que le ballon. Tu t’en rapproches du mieux que tu peux avec l’espoir de le toucher le plus souvent possible et de l’avoir rien que pour toi. Faire une passe est encore compliqué. Réussir une passe veut dire, se faire arracher le ballon par un co-équipier. Mais c’est pas grave, le but reste quand même d’avancer et si possible d’aller marquer un essai : en grappe, tous ensemble ! Une véritable petite cocotte qui marche en crabe. Ceux qui ont compris l’intérêt de se démarquer pour pouvoir marquer tranquille, comprennent vite aussi que s’ils veulent espérer toucher la gonfle, il faut qu’ils s’en rapprochent, et du coup, s’en vont grossir la grappe qui n’avait pas besoin de ça. Pas grave non plus. Le but de cette catégorie, c’est la rigolade, les copines et les copains, les cascades sur la pelouse et les roulades dans la boue, le grand air… Et, si à la fin de la saison, la bande à Julie a autant, voire plus de loustics qu’elle en avait au début, c’est encore plus le top. C’est que les éducs ont réussi leur coup et que l’année suivante la grappe de U6 s’en ira grossir la grappe des U8…

Et pendant que je finis sereinement ma chronique, ça se réveille enfin dans la maison mauvais noirs, et on m’informe qu’en plus de la Julie, y aussi Marie la joueuse et le papa d’un p’tit moineau, qu’a même fait l’arbitre samedi dernier… Mais bon, c’est trop tard… Vous savez, les conditions du direct, tout ça, tout ça ….

En photo, les U 6 de l’année d’avant contre d’autres redoutables..

 

 

Monsieur Rusigby fait des économies.

 

Monsieur Rusigby fait des économies…
J’aime pas trop parler de l’équipe de France…
Vous savez cette nouvelle belle équipe de France qui nous refait rêver…Enfin si on excepte le match contre l’Italie qu’était vraiment pas terrible et si on excepte aussi la défaite en Ecosse…
Du coup elle nous refait rêver qu’à 50%, et tout n’est qu’histoire de bonne ou mauvaise communication. Et là, c’est clair que dans ce domaine ils sont bons…
En attendant, notre nouvelle belle équipe de France joue ce soir contre le Pays de Galles au Stade de France et à huis clos. Zéro spectateur ! Au stade de France ! Et c’est là que je comprends pas.
Certes j’ai bien pigé le principe du huis clos, pour des histoires de propagation du virus. Mais pourquoi alors au Stade de France ? Il me semblait que pour jouer au rugby, il suffisait d’un terrain aux normes, et il me semblait aussi qu’à Marcoussis y en avait plein. Alors pourquoi au Stade de France ? Pourquoi payer la location de ce stade pour y mettre personne dedans.
Pourquoi allumer les lumières, prendre le bus, et mettre tout le cinéma en route pour aller jouer dans un stade vide ? Encore des histoires de contrats, d’obligations et du coup, de cout exorbitant pour un total de zéro recette. Enfin pas tout à fait, parce qu’il y a quand même les droits télé qui vont tomber. Mais ils seraient tombés aussi si le match avait eu lieu à Marcoussis…Et ça n’aurait rien couté…
Et re du coup, c’est peut-être aussi le moment de reparler de cette histoire de grand stade qu’aurait appartenu à la fédé ; Parait que ça aurait aussi couté un bras. Peut-être, mais en attendant, on n’aurait pas payé un stade de 80 000 personnes qui y jouer à huis clos.
Si y en a qui me lisent et qui savent, ils peuvent nous éclairer, mais pas trop quand même, parce que déjà que l’éclairage du SDF, va nous en mettre un coup par les étiquette…
Et puis tiens, je remets le logo de la FFR qu’était quand même plus joli que ce pauvre coq rouge tout vilain dessiné par un enfant de 6 ans et qui fait rêver personne.

Ancien logo FFR

Un jour une blessure, celle du 31 ème.

 

En même temps, quand on l’a vu arriver avec sa veste de costume, sa chemise bien repassée, sa cravate et son sac à roulettes, on a bien vu que le gars était monté fin des pattes de derrière.
T’en as des fois qui sont plutôt épais, mais en général ceux-là sont des anciens joueurs qui, une fois leur carrière terminée, se lancent dans l’arbitrage pour essayer de se faire pardonner de toutes les saloperies qu’ils ont pu faire. Mais pas lui ! Lui, surement à cause de son physique, il dit que l’arbitrage a toujours été une vocation.
Admettons !
Admettons aussi qu’être arbitre c’est aussi être un peu sportif. Faut se préparer physiquement, faut être présent sur les points chauds, faut suivre le ballon. Et surtout faut éviter d’être top essoufflé et d’être dans le rouge quand tu siffles quelque chose de mal.
Alors à force de vouloir être partout et tout le temps, forcément y a un moment ou ça claque. Manque de préparation, fatigue du voyage, repas d’avant-match trop lourd ou (car l’arbitre reste un homme), nuit précédente agitée, peu importe. En attendant la machinerie a pas tenu et le voilà à terre. Au moins, ça fait rire le public et les deux capitaines sont obligés de faire semblant de compatir. Allez hop, on évacue le bonhomme sous des applaudissements plus ou moins fournis.
Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Parce qu’on peut quand même pas continuer de jouer sans arbitre.
Normalement, si t’es un club bien fait, t’as toujours un type qui traine, qu’est un peu dirigeant, un peu éducateur, un peu arbitre et donc, un peu récipiendaire (ou un truc comme ça) et qui prend le sifflet au pied levé. Chez nous, le nôtre ll fait comme ça. Par contre, et même s’il a toujours sa tenue d’arbitre pas bien de loin de lui pour on sait jamais, et vu qu’il arbitre pas souvent, je trouve que son maillot rétrécit de saison en saison. Mais il parait que c’est un effet d’optique.
Sinon, un jour, le public arrêtait pas de gueuler « aux chiottes l’arbitre », et l’arbitre, ça le rendait tout triste parce qu’en vérité, il était pas trop dans son match vu qu’il avait un gastro et qu’il ne rêvait que d’une chose : d’aller aux chiottes justement.
Mais ça compte pas, c’était pas une blessure

Conseil Municipal

 

– Et sinon quoi d’autres ?
– Ben, encore le rugby qui demande un club-house.
– Un quoi ?
– Un club-house. Un local, un endroit pour leurs activités.
– Leurs activités ? Ça se joue dans un local le rudby?
– Non, mais ils demandent d’avoir un lieu à eux ou ils pourraient se retrouver, préparer les gouters pour les enfants de l’école de rugby, faire leur réunion de dirigeants ailleurs qu’au domicile de chez l’un ou chez l’autre. Ils pourraient aussi organiser des repas d’après entrainement.
Un lieu qu’ils décoreraient aux couleurs de leur club et où ils mettraient des photos, des coupes, des fanions. C’est ça un club-house, un lieu convivial. Ils aimeraient aussi pouvoir accueillir les adversaires après les matchs pour le pot de l’amitié, pour la troisième mi-temps.
– Un lieu de débauche en quelque sorte ! De toute façon les rudbyman on sait ce que c’est, ça pense qu’à se saouler et à bouffer après les matchs. Des vrais sauvages avec leur troisième mi-temps.
– Tiens, en parlant de troisième mi-temps, samedi dernier, j’étais invité à l’ASM. Trop bien ! Trop la classe ! On a même eu le droit d’entrer au cocktail d’après match, c’était grandiose. On a bu ce qu’on voulait et fallait voir les petits fours et les toasts. Je sais pas où ils les prennent, mais ils étaient un peu bons. Pis après, on a pu faire des selfies avec les joueurs. Regardez, là je suis avec un, je sais plus comment il s’appelle, mais il était super sympa. C’était un tongien ou un samoan.. Enfin, en tout cas, il parlait pas trop bien français. C’était vraiment bien et on s’en est mis plein la panse.
Vraiment convivial comme ambiance. Les vraies valeurs du rugby.
– Bon, revenons au sujet, pour leur club-house, on fait quoi ?
– Pff, ça fait 30 ans que c’est comme ça, on y réfléchira la prochaine fois..
Photos : 1, le CS Puy-Guillaume qui attend et espère toujours un club house. 2, la maison des supporters Issoiriens, lieu de rencontres, de fêtes, de restauration, de formations, de réunions, mais surtout lieu de convivialité

 

Le sac des valeurs

 

Un jour, un rôle : le rugby (et ses vraies valeurs)
Elle m’a envoyé un gentil message suite à la chronique sur l’enfant de la balle. Elle m’a dit qu’elle s’était reconnue dedans et que surtout elle y reconnaissait parfaitement son loupiot. Déjà, j’étais content. Et dans le message, elle ajoute qu’enfant, on lui confiait le sac des valeurs. Et là, attention, souvenirs ! Le sac des valeurs. Si vous n’avez pas joué, vous ne pouvez pas connaitre. Le sac des valeurs, j’en avais oublié l’existence et c’est justement des spécialités comme celle-là qu’il me faut pour alimenter la page. Parce que c’est bien beau de dire que le rugby est un sport de valeurs, mais quand tu sais qu’à l’abri des regards, dans ces vestiaires si mystérieux, t’en a même un qu’est responsable des valeurs, t’as compris que c’est pas un truc à prendre à la légère. Et puis maintenant que je commence à bien vous connaitre, je sais d’avance qu’il y en aura un qui écrira en commentaire qu’ailleurs, dans les autres sports, ça se fait aussi. Sûrement que c’est vrai, mais je m’en fous parce qu’ici, on parle du rugby.
Et du coup : le sac des valeurs.
L’équipe se prépare dans le vestiaire. En général, c’est un vestiaire éloigné du stade. Un vestiaire de terrain annexe ou de sous les tribunes, mais où tu sens que la sécurité n’y est pas maximum. Donc, pendant que les mecs ou les filles se changent, un dirigeant expérimenté, observateur et prévoyant se dit que ce serait bien de faire un sac des valeurs pour éviter un sac des voleurs. Il recherche dans la boite à pharmacie, un pauvre sac en plastique et, jetant un œil autour de lui, désigne un responsable du sac des valeurs. C’est un gosse qui traine par les pieds, un blessé qui a besoin de sentir l’odeur du vestiaire d’avant match, ou un autre dirigeant qu’a plus rien à faire. Là, l’heureux élu passe de joueur en joueur avec son sac et chacun y dépose ses valeurs : porte-monnaie, montre, téléphone, portefeuille, bijoux, écouteurs, clés de bagnoles, La guiole etc etc… Et le ou la désigné a plutôt intérêt de faire gaffe au trésor parce que tout mis bout à bout, y en a quand même pour un peu d’oseille. Une fois plein, le sac est soit détenu par le dirigeant qui dirige tout, soit caché dans la pharmacie du bord de terrain jusqu’aux retour de l’équipe à la fin du match… Evidemment, et j’espère qu’il y en a qui y ont pensé, mais si Monsieur Rusigby se retrouvait un jour responsable du sac des valeurs, il profiterait du temps du match pour tenter d’ouvrir quelques téléphones et prendre quelques photos gênantes qui pourraient faire la joie du joyeux propriétaire quand il les découvrirait. Sinon, ça servirait à quoi d’être le chef des valeurs ?
Sinon ? Ben comme d’hab, 20 bouquins envoyés ou donnés aux journalistes depuis 6 mois pour exactement zéro retour, article ou quoi que ce soit… Les journaleux ne parlent pas de moi, mais en même temps, du rugby, faut dire aussi qu’ils disent toujours la même chose. Et le sac des valeurs, je crois pas qu’il y ait un journaleux du rugby qu’en ait déjà causé.
En photo : sac du club avec rien que des valeurs dedans (le sac et le club)

 

Un jour, un rôle : le vieux ronchon ( depuis l’début)

Et y a celui qui vient pour râler, pour ronchonner. Le vieux con sur les bords du stade qu’on l’appelle. C’est pas qu’il soit forcément con, vous l’aviez compris. En vérité on l’aime bien et il serait dommage de ne plus l’avoir, mais pour l’image du bord de stade, dire qu’il est un peu con sur les bords (du stade), je trouvais que c’était bien.

Il ne manquerait pour rien au monde un match à domicile. Toujours présent. Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige, toujours là ! Et toujours le même rituel. Il arrive en voiture aux alentours de 13h20 parce qu’il estime qu’il lui faut bien 10 minutes pour se garer et entrer au stade. Il cherche une place sur le parking. Un place la plus proche possible de l’entrée, et déjà, il râle parce qu’il en avait une en vue et elle est déjà prise. Il s’approche ensuite de la guitoune, salue tout le monde en râlant un peu quand on lui demande comment ça va. « Ça va, ça va comme un vieux, qu’est-ce que tu veux que je te dise ». 8 euros l’entrée. Trop cher ! Avant c’était moins. Marcel lui explique pour la centième fois que s’il avait pris sa carte d’abonné, il aurait fait des économies. « Pfff, si tu crois que j’ai déjà que ça à penser ! » A peine rentré dans le stade, pan ! 2 euros pour la bourriche de l’école de rugby. « J’espère que je vais gagner le kilo de nouilles et le litre de vinaigre… si je gagne la bourriche aujourd’hui, il me sera revenu cher le filet garni, depuis le temps que je paie ». Après, il va faire son petit tour à la buvette tout en jetant un œil sur l’équipe réserve qui s’échauffe. « Belle équipe de bras cassé en face! Et l’arbitre, encore un beau Charlot sûrement ! » Depuis le temps qu’il vient au match, c’est-à-dire depuis tout le temps, je ne crois pas qu’il ait déjà vu un bon arbitre…surtout en réserve. Un petit café, trop chaud et trop cher, et il va s’installer le long de la main courante. Là, c’est un festival, il a rejoint ses copains de toujours, ses voisins de stade, ses anciens coéquipiers du temps où il jouait, des vieilles rougnes comme lui. Proches du terrain, ils savent faire dégoupiller un talonneur, déstabiliser un frêle ailier et, (surtout), influencer un arbitre de touche déjà puni de faire la touche à l’extérieur et en réserve. Même l’arbitre en rigole quand il comprend que c’est à lui qu’on parle pour savoir s’il veut des lunettes, ou si c’est parce qu’il a eu le concours de facteur qu’il est obligé d’arbitrer (sponsor oblige).

Quand arrive le match de l’équipe première, c’est pareil mais en mieux ou en pire, ça dépend de quel côté on se place. Là, c’est le championnat du monde de la mauvaise foi, les jeux olympiques de l’impartialité, la coupe du monde du chauvinisme. Aucune décision sifflée contre son équipe favorite (les mauvais noirs donc), n’est logique et juste. De toute façon, c’est bien connu, ici on ne fait jamais de fautes. Et si par inadvertance un de nos joueurs commet un en-avant d’au moins deux mètres, en cherchant bien, s’il l’a fait c’est que forcément en face, ils sont montés trop vite parce qu’ils étaient hors-jeu. Ben tiens. Depuis l’début !!!

Fin du match… ou plutôt 2 minutes avant la fin du match, notre vieux ronchon plie le banjo parce qu’il ne faudrait quand même pas qu’il se retrouve dans les embouteillages à la sortie du stade. Surtout quand au bord du terrain y a au moins 300 spectateurs….

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Photo bien évidemment non contractuelle, vu que chez nous, des comme ça, on n’en a pas.

 

Confinement

Je vous la remets vite fait, en attendant des jours meilleurs..

Des Vrais bourrins !

Et Voilà, tout de suite les grands mots ! Direct ça s’offusque, ça fait son indigné et ça juge. Des vrais bourrins ! Nous ! Rien que ça ! Et tout ça pour quoi ? Tout ça à cause de quoi ? Je me le demande bien !

On serait parait-il des vrais bourrins, nous les rugbymen, parce qu’on sait pas se tenir en société, parce qu’à chaque fois qu’on fait une bringue, faut que ça parte en cacahuètes. Parce que dès qu’on est plus de trois, on sait pas faire autre chose que de s’éclater des glaçons sur le front, de montrer notre cul aux premiers venus et de boire l’apéro dans des chaussures. On sait pas se retrouver sans boire sans soif et chanter des chansons avec plein de gros mots dedans. Ho hé ça va, c’est pas la peine de monter sur tes grands chevaux ! D’ailleurs, on le savait pas que c’était les tiens, ces chevaux. T’inquiètes pas on les a ramené et on les a remis à leur place. Ils vont bien, on a juste était faire un tour avec. C’est comme pour les lapins. Comment on pouvait savoir que c’était des lapins de collection ? Et puis on avait faim, et il était tard. T’aurais peut-être préféré qu’on rentre chez nous le ventre vide ? Parce que c’est pas les deux ou trois poissons rouges de l’aquarium du bistrot qu’allaient nous rassasier. Donc bon…

Oui ben peut-être que c’était pas l’endroit, mais je te signale qu’il existe des compétitions officielle de ventriglisse et que c’est considéré comme un sport. Fallait penser à ramasser ce qui craignait, si tu voulais pas qu’on casse quelque chose. Tu devais bien te douter qu’on était des sportifs.

Les quoi ? Les géraniums ? Ils manquaient de gout, si tu veux tout savoir. De toute façon, on les a cueillis juste avant le drame. Y avait Machin qui voulait pisser dessus. Tu vois qu’on est peut-être des bourrins, mais on sait anticiper.

Et puis, cest pas très gentil d’avoir appelé la police pour si peu.. De toute façon, on n’est pas monté dans le panier à salade. On n’a pas voulu. D’abord parce qu’on n’avait pas fini notre verre et puis, ils voulaient pas mettre la sirène pour nous emmener au poste. Même eux, ils nous ont dit qu’on était des bourrins. Aucune éducation ! On leur a promis d’être sage et ils sont repartis..

Des gros bourrins, nous ? Non mais franchement….

Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure coïncidence…. Evidemment..

 

 

Nostalgie du présent.

Nostalgie du présent

D’abord c’est La Poste qui a plié boutique. Ensuite, la deuxième épicerie a aussi fermé, en même temps que le restaurant à la sortie du bourg.

Ne restait plus qu’un seul commerce sur la place de l’église : un multiservice que ça s’appelle ; épicerie-dépôt de pain-tabac-gaz-point vert pour retirer de l’argent-resto ouvrier la semaine et plus ou moins gastro le dimanche.

L’école survit encore grâce au fameux regroupement pédagogique qui permet de maintenir une ou deux écoles dans le canton.

Même la messe n’a plus lieu qu’une fois par mois. Sinon, plus rien de bien vivant dans ce village.

Quelques irréductibles arrivent néanmoins à conserver le club de rugby en engageant chaque saison une équipe sénior dans la plus petite des séries. Une trentaine de licenciés.

Les dirigeants sont encore joueurs, les sponsors sont d’anciens joueurs, la mairie entretient le terrain. L’ancien foyer rural est devenu club house, un préfabriqué où tout se passe. Des photos de la belle époque sont encadrées sur les murs. On y voit entre autres, des souvenirs du derby contre le village voisin qui lui, n’a déjà plus de club depuis presque 15 ans. 2000 personnes ce jour-là. Mais c’était avant.

Aujourd’hui, l’équipe arrive à survivre grâce à quelques anciens qui continuent de jouer malgré leur âge, leurs vieilles blessures et leurs métiers, et aussi grâce aux jeunes qui reviennent chaque weekend au village.

Un entrainement par semaine : le vendredi soir quand il fait encore jour, ou le samedi matin quand les jours raccourcissent. Un budget ridicule.

Chacun paie son équipement, sa licence, ses repas d’après entrainement et ses cartons de loto. La vie d’un tout petit club amateur. La vie d’un village qui essaie de survivre, la vie d’une trentaine de passionné qui ne savent plus s’ils jouent au rugby pour justement maintenir un semblant d’animation au pays ou s’ils jouent par passion pour ce sport.

Et puis un jour, une saison, tout voulait bien sourire. Pas de blessés, une super ambiance, et les victoires se sont enchainées. 1er de poule, demi-finale régionale remportée haut la main, et direction la finale sur le stade majeur de la région.

Tout le village s’est décoré aux couleurs du club et s’est déplacé pour la finale. Victoire, bouclier, fiesta, retour sur la place de l’église. Les joueurs perchés sur une remorque tirée par un tracteur ont présenté le trophée à la population. Le resto est resté ouvert toute la nuit. Et maintenant, direction le championnat de France.

Ah oui, mais non… Vous ne pourrez pas participer aux championnats de France, vous n’avez pas d’école de rugby… Le président aurait bien voulu répondre : « on n’a même pas d’école tout court », mais il avait tellement les boules qu’il s’en est retourné sans rien dire, comme le petit résigné devant les décisions des grands.

 

 

Oreilles de rugbymen

Apprendre en s’amusant (les bons conseils de Monsieur Rusigby)
Aujourd’hui, et pour ne pas perdre son temps le temps du couvre-feu, profitons-en pour ressortir les carnets techniques (et pédagogiques) des laboratoires de monsieur Rsuigby, et apprenons à progresser en se faisant plaisir. Nous allons donc sauter sur cette occasion pour étudier la seule et redoutable technique fiable pour obtenir une vraie oreille en chou-fleur, labélisée FFR. Beaucoup en rêvent et peu obtiennent un résultat à la hauteur de leurs espérances, c’est pourquoi, nous publions dès aujourd’hui cette chronique afin de vous laisser 3 à 4 semaines de marge pour revenir à l’entrainement en affichant (enfin) une oreille digne de ce nom.
Hier vous avez ferraillé dans le froid, sur des terrains boueux. Vous avez frotté votre visage sur des shorts sableux et vous avez senti une légère douleur à votre oreille droite. Après un temps aléatoire de récupération en oligo-éléments et magnésium du côté du club-house, vous avez été vous coucher avec, toujours, cette petite douleur insistante. Cette même douleur vous a même réveillé ce matin, quand vous vous êtes retrouvé sur le mauvais côté de l’oreiller. Joie, enthousiasme, reconnaissance. C’est aujourd’hui que ça y est ! En arrivant dans la salle de bain, vous allez directement inspecter l’état de votre oreille devant la glace qui se trouve au-dessus du lavabo. Déception ! L’oreille est rouge, mais a gardé sa forme initiale. Tout ça pour ça ! Pas un pauvre petit gonflement, pas même une légère boursoufflure : rien ! A part cette petite irritation qui passera en rien de temps. Pas de panique, Monsieur Rusigby, n’est pas que ce petit rigolo qui fait rire ses lecteurs. Il sait aussi, quand le besoin se fait sentir, enfiler sa cape de pédagogue et donner les bons conseils qui feront de vous, un joueur reconnu.
Votre oreille est rouge ? Elle vous fait légèrement souffrir ? C’est le moment pour battre le fer tant qu’il est chaud et, tordre la feuille tant qu’elle est prête. Certains arrivent à transformer une citrouille en carrosse, vous allez peut être bien arriver à transformer une oreille en chou-fleur.
1ère étape : posez vos doigts sur l’oreille endolorie et frottez fort de bas en haut et de droite à gauche pendant au moins 5 minutes. Faites une pause d’une minute et recommencez l’opération 3 fois de suite.
2ème étape* : Allez dans votre buanderie, munissez-vous d’un maximum de pinces à linge que vous déposerez aléatoirement sur votre oreille, et laissez reposer ainsi une bonne heure. L’oreille commence gentiment a en avoir marre et l’effet des pinces à linge bloquant le système sanguin, provoque une léger embouteillage de sang aux endroits visés. La partie cartilagineuse de l’oreille appelle aussi à l’aide, ce qui provoque un joli mélange de sang et de cartilage qui bien remué, commence à donner de bons résultats.
3ème étape : Enlevez les épingles, et recommencez l’étape un en rajoutant quelques petites claques avec la paume de la main sur l’oreille meurtrie afin de malaxer de façon optimum le mélange cité plus haut.
4ème étape : Laissez refroidir 2 à 3 heures.
Vous souffrirez peut être quelques temps, mais le résultat est assuré garanti. Au bout de deux à trois jours, ce traitement vous donnera toute satisfaction et votre retour à l’entrainement , fera de vous un autre joueur et vous assurera la reconnaissance de vos pairs.
Ne me dites pas merci, c’est fait de bon cœur.
*pour les plus impatients, et les bricoleurs, toutes pinces autres que pinces à linge peuvent aussi faire l’affaire si on prend soin de bien les nettoyer avant.
En photo: talonneur Issoirien qui a préféré l’anonymat (mais en vérité je crois que c’est un affreux montage)

Bouboule

Bouboule
Tu te rappelles ? Tu m’appelais Bouboule. Celui qui marche pas qui roule. J’étais celui qu’on prenait en dernier quand on faisait les équipes de foot à la récré. Personne m’aurait voulu avec lui. J’étais aussi celui qui montait pas aux arbres et qu’avait pas le droit de rentrer dans la cabane. J’étais le boulet qu’on aimait bien larguer quand on sortait à vélo. Toujours à la ramasse, toujours le dernier. L’exemple à pas suivre, le modèle de tout ce qu’il ne faut pas être quand on est gamin. Mauvais partout, bon à rien. Trop gros, trop lent, trop lourd, dans tous les sens du terme. Un peu trop intello en plus de ça. C’est pas bien vu d’avoir des bonnes notes, si on veut faire partie d’une bande. C’était drôle quand tu t’amusais à me piquer mes affaires et à courir pour pas que je puisse te rattraper. C’était marrant, ça faisait rire les autres. Ils aimaient bien se foutre de ma gueule quand j’essayais de les récupérer et que j’y arrivais jamais. En gym aussi c’était super rigolo de me voir arriver le dernier en endurance, tout essoufflé. Vos encouragements bien pourris m’allaient droit au cœur. On s’est bien marré….surtout toi et tes potes. C’était le bon temps.
Et là, aujourd’hui, t’es en train de me dire qu’on était copain, que je faisais partie de la bande, juste parce que maintenant, je joue en première, que je suis pro, que je passe à la télé et que t’aimerais bien que je te file deux invitations pour le match de dimanche ?

Mercredi, jour des gosses

Là, c’est la classe à Dallas ! Les mini-poussins. Si tu connais le rugby que parce que t’as un abonnement Canal, tu peux pas comprendre. Ce rugby-là, te dépassera rapidement.

Les moins de 8 ans. Le début de la grande aventure. L’apprentissage du rugby par le jeu, le jeu et rien que le jeu.

La catégorie des solides rigolos, des petitous qui se foutent du résultat et des en-avant pas toujours sifflés mais qu’il ne faut pas faire quand même. La catégorie ou tout le monde a gagné. Tant qu’il y a du jus d’orange et de la brioche à la fin, ça suffit largement au plaisir.

Le droit de se rouler dans la boue, de se faire des passes et de coller au ballon. 8 contre 8 sur un terrain d’environ 200m2 et où 2m2 suffisent largement. Tous au ballon. Celui qui court vite, c’est le plus fort. Des crevettes avec des chaussettes trop grandes, des shorts où t’en rentres deux dedans, des maillots flottant, le casque et le protège-dents. Des fois même le collant pour pas avoir froid. Je rappelle à tous que le collant du mini-poussin est un vêtement que portent les enfants quand les mères ont froid aux jambes. Et les crampons. La première paire. Celle qui compte et que les puristes gardent toute leur vie dans un carton à chaussures.

Et y a les matchs et les tournois. C’est important. Engagement, regroupement, départ, passe….dans le vide. Dommage, mais l’ailier n’a pas suivi. Il s’est arrêté en cours d’action, stoppé net par un ver de terre qui sortait de son trou. C’est rigolo un ver de terre. Il le ramasse, le regarde. Pendant que les autres continuent de jouer. Mi-temps. Coucou à papa et maman. On repart. Essai, pas essai, pas grave. De toute façon, on joue presque toujours contre les mêmes équipes.

Des fois même on joue pas contre, on joue avec. Il leur en manquait un, c’est normal. C’est une fille qui nous a marqué le dernier essai. Les filles jouent avec les garçons. A cet âge, aucun risque. Fin du tournoi. Les parents sont venus en voiture et se proposent de ramener le gamin à la maison. Faute ! A quoi ça sert de jouer au rugby si c’est pour pas rentrer en car avec les copains. Faut tout leur apprendre à papa et maman. C’est sérieux là, on parle de rugby. Et y a l’entrainement.

On y apprend la base, les règles, le respect, la douche. L’éducateur est là pour transmettre, surveiller, conseiller, fâcher (un peu), rire (beaucoup), ramasser les fringues oubliés dans les vestiaires, menacer (tu parles), et à la fin, on lui saute tous dessus.

L’année prochaine, ça sera pas pareil, on sera des grands, des poussins, et là, ça rigolera moins….ou plus, on verra.

 

Ecole de rugby ARPA-LIMOUX

Recupération (de ballons)

 

Un jour, un rôle : Récupération(s)
C’est une belle tradition dont on ne parle malheureusement pas assez.
Une de ces belles habitudes du monde rugbystique amateur. Une tradition qui demande ruse, méthode, réactivité et opiniâtreté : le vol de ballon.
Vol est certes un bien grand mot, et on devrait plutôt parler de récupération.
D’ailleurs depuis le temps qu’on entend parler de récupération au rugby, ça nous fera un sujet de plus à mettre dans ce chapitre. Parce qu’ après la récupération du ballon sur turn over ou, comme disent les commentateurs de la télé, sans trop savoir de quoi ils parlent: sur off loads. Après la récupération après l’effort, faite de repos, d’étirements et de bières, et enfin, après la récupération de « bons mots » par des anciens qui les ont entendu quelque part et qui disent que c’est eux qui l’ont dit, voilà qu’on va parler de la récupération du ballon des autres.
Bien qu’à priori facile, c’est malgré tout quelque chose qui n’est pas permis à tout le monde et pour arriver à mener à bien l’entreprise, il faut que le terrain s’y prête et que les personnes concernées soient au courant de la manœuvre. Pour cela, il faut :
– Des tribunes basses qui permettent au ballon de se retrouver coincé sur le toit. Et ça tombe mal, on n’a pas les clés pour le local ou on range l’échelle.
– Un grillage proche de la main courante, avec si possible derrière ce grillage, un verger, un buisson, ou au pire un parking rempli de voitures, ce qui permet au ballon égaré de se perdre complètement au moins jusqu’au départ des visiteurs.
– Des panneaux publicitaires assez hauts derrière les poteaux. Si on place deux ou trois mômes de l’école de rugby à des endroits stratégiques pendant les tentatives de pénalité des autres, normalement, le ballon disparait assez rapidement.
D’autres techniques existent forcément, mais, actuellement en formation pratique, Monsieur Rusigby ne connait pas encore toutes les ficelles d’un chapardage de ballon dans les règles. Veuillez m’en excuser.
Une fois qu’on a le ou les ballons, rien de plus simple : il suffit juste de posséder un bon marqueur et une éponge qui gratte avec le coté vert pour effacer le nom des autres et mettre les initiales de notre club, et le tour est joué. Facile, propre, loyal, réglo, fait play : valeurs !
Et c’est pas la peine de vous offusquer…Tout le monde le fait…D’ailleurs si vous avez des noms, n’hésitez pas..

Raccrocher les crampons

 

 

Voila, c’est terminé. L’arbitre vient de siffler la fin du match. Sans le savoir, sans y penser forcément, il vient aussi de siffler la fin d’une carrière. Dernier match de la saison, dernier match tout court pour certains.

Il n’y a pas si longtemps, c’était hier. Le joueur se revoit, accompagné par ses parents. Il allait s’inscrire à l’école de rugby du coin. Mini poussin, haut comme deux ballons, les chaussettes aussi larges que les genoux. Et puis les benjamins, les minimes, les cadets, les juniors, les copains, le cul par la fenêtre du bus, les premières troisième mi-temps, le jeu, le ballon, l’odeur du clan.

Clap de fin sur une carrière. Début d’une autre vie avec un autre rugby. Celui des souvenirs, mais aussi peut être, celui de la transmission et du temps à donner à son club de toujours.

Educateur, dirigeant ou simple supporter, il ne pourra pas quitter 30 ans de vie comme ça, sur un simple coup de sifflet. Il aura tout connu, le meilleur comme le pire. Les belles victoires, les sales défaites, les blessures, les honneurs ou l’anonymat. Qu’il ait joué en top 14 ou en quatrième série, il aura donné tout ce qu’il avait pour son club.

L’arbitre a sifflé et c’est fini. Il remerciera une dernière fois le public. Ses coéquipiers le porteront peut être en triomphe. Ses adversaires du jour, viendront lui serrer respectueusement une dernière fois la main, et il rentrera une dernière fois dans ce vestiaire si secret. Il gardera son short et ses chaussettes et rendra son dernier maillot qui servira l’année prochaine à son remplaçant. Une dernière troisième mi-temps avec les copains, les adversaires et les supporters et il rentrera chez lui.

Dernier match, dernières douleurs. Il sait qu’il ne connaitra plus jamais l’odeur du vestiaire, les discours de l’entraineur, l’attente de l’appel de l’arbitre, le couloir. Tout ça est fini. Demain, il sortira une dernière fois ses affaires du sac. Il mettra tout au sale, comme chaque fois. Il prendra ses derniers crampons, et s’en ira les raccrocher quelque part.

Comme un symbole, il raccrochera les crampons pour de vrai. Pas forcément à la vue de tous, mais bien visible pour lui, pour qu’il n’oublie jamais. A l’atelier, là, ou il aime bricoler seul. Ses crampons seront près de lui, bien accrochés à un clou quelconque. Les mois passeront, les années aussi et, un dimanche de printemps, à la saison des fins de saison, il découvrira amusé que sa dernière paire de crampons a trouvé une autre vie, un autre rôle. Un couple de rouge-queue est venu y faire son nid. Il a trouvé que cette paire de chaussures accrochée au mur serait parfaite pour voir grandir ses petits. De mini-poussin à mini oisillon, la boucle est bouclée, et la vie continue en ovalie.

A retrouver dans le livre de Didier Cavarot: Chroniques d’un rugby ordinaire de Monsieur Rusigby, aux éditions de la Flandonniere.

Raccrocher les crampons (suite)

Quand c’est madame qui décide.

Mais retournes-y bordel ! Tu m’énerves à te voir tourner en rond depuis le mois d’aout.
Toute l’année tu dis que c’est plus de ton âge, que les coups font de plus en plus mal, que t’as des courbatures jusqu’au mercredi, que tu comprends plus les jeunes de maintenant, que c’était mieux avant et qu’il faut savoir s’arrêter avant qu’il ne soit trop tard. Et maintenant, tu tiens plus en place.
C’est pas en rangeant 20 fois le garage par semaine et en tondant la pelouse 3 fois par jour que tu vas évacuer toute cette frustration. Ça sert à rien de dire que t’arrêtes si c’est pour passer ton temps à te plaindre, à souffler et à relire le Midi Olympique devant les matchs à la télé. J’ai bien compris que les troisième mi-temps c’est pas pareil si t’as pas fait les deux premières avant, et que la bière est moins bonne si tu la bois pas avec une lèvre fendue, une arcade gonflée ou une oreille toute rouge.
Je sais bien que l’équipe 3 t’attend, mais que t’es pas encore prêt à aller jouer le dimanche matin contre d’autres vieux comme toi. T’as encore besoin de compétition, de combat et surtout de reconnaissance.
T’avais promis que c’était la dernière, parce que t’y croyais, qu’on était en fin de saison et que t’en avais vraiment plein les bottes. Mais en deux mois, t’as rechargé les accus, t’as refait les niveaux et tu te dis que t’es encore capable de rendre service. Alors, retournes-y. Refait ton sac, appelle le coach et dis-lui que t’en refais une autre, comme tous les ans, ça sera mieux pour tout le monde.
Remarques bien que tu progresses, t’as tenu jusqu’au mois de septembre cette année

L’Enfant de la balle

 

C’est ce petit bonhomme qui traine partout avec les grands. Il est tombé dedans quand il était petit. Son père est entraineur, joueur ou dirigeant et il l’amène partout avec lui.
Le gamin a presque tous les droits. Il fait partie de l’équipe. Il est là les jours de match, en tenue de joueur, avec le même maillot que les séniors. Il rentre dans les vestiaires, regarde les joueurs se préparer, sort avec eux pour l’échauffement. Il court à leur côté. Il rend service. C’est lui qui va chercher les ballons ou qui ramasse les plots. Il suit l’équipe quand elle retourne aux vestiaires pour le dernier discours. Il écoute, enregistre, observe, se serre avec les gros, tape dans la main des trois-quarts. Et toujours avec un ballon dans les mains. Quand les joueurs sortent, il est le premier à les encourager, et dans le couloir qui mène au terrain, tous lui font un signe amical.
Le match commencé, il décroche vite. Il n’est pas spectateur, il est acteur. Il part donc retrouver ceux de son âge pour un match improvisé derrière les tribunes. Il surveille quand même le score. A la fin, il rentre sur le terrain pour féliciter ou consoler son équipe, et il retourne aux vestiaires avec eux. Il s’assoit, il a sa place et il écoute les commentaires, les blagues et les mots des grands. II aimerait aussi prendre la douche avec les autres, mais c’est pas possible. Il se demande quel gout ça peut avoir une bière après un match. Quand il sera grand, il fera tout pareil parce qu’il se rappellera de tout. Il n’a pas encore l’âge de trop trainer au club house. Juste un petit passage. Le reste, la vraie troisième mi-temps c’est le grand mystère, la légende. Il attendra d’être plus vieux pour savoir, demain y a école.
Puis l’enfant de la balle, disparait du groupe. Il devient ado et on ne le voit plus avec les séniors. Il joue avec son équipe, et reste avec sa bande. Il devient supporter, spectateur des grands, s’assoit en tribune, balance des vannes et toujours avec ses potes.
L’enfant de la balle, réapparait au début d’une nouvelle saison. Il est devenu sénior, joueur en équipe première ou réserve de son club de toujours, et il peut maintenant vivre et mettre en pratique tout ce qu’il a vécu quand il était môme

Fausse licence

– Bon, tu te rappelles qu’est-ce qu’on a dit ? Pas de bêtises, pas de gaffes !
– Ouais, ouais c’est bon, j’ai compris.
– Comment tu t’appelles ?
– Ben Gégé pardi !
– Putain, mais non. Aujourd’hui tu t’appelles Yvan. Yvan Durêve même. C’est ton nom pour aujourd’hui.
– ???? Mais on peut bien m’appeler Gégé quand même ?
– Oui, mais non ! Tu sais bien, je te l’ai répété 1000 fois. Aujourd’hui tu t’appelles Yvan.
– Mais c’est pas moi Yvan. Yvan c’est çui qu’est pas là pendant deux mois à cause qu’il est en vacances.
– C’est pour ça qu’aujourd’hui tu prends sa place.
– Mais je pourrais m’appeler quand même Gégé ? Parce que moi, la place à Yvan, c’est dur quand même. Je suis pas ouvreur.
– Non tu pourras pas t’appeler Gégé! Le Gégé, le vrai Gégé… Toi donc, il a pris 8 matchs de suspension à cause qu’il a assommé un adversaire. Tu t’rappelles ? Donc comme le vrai Gégé qu’est en vérité toi, il peut pas jouer, ben il va jouer quand même avec le nom d’un autre. Et cet autre, c’est Yvan. Alors même si Yvan, il joue ouvreur, toi, tu vas le remplacer sur la feuille mais tu joueras quand même devant.
– Qui ça ? Moi, ouvreur ? Et Yvan, il jouera quoi quand il reviendra ?
– Ben oui toi imbécile ! Mais devant. Pas ouvreur. Enfin, C’est toi qui va jouer à la place d’Yvan qu’est pas là et on fera croire que c’est le Gégé qu’est pas là.
– Mais pourtant j’suis bien là.
– Mais oui, bien sûr que t’es là. Je te vois même, là, devant moi. Mais en vérité, c’est pas toi, c’est Yvan que je vois.
– Ou ça ? Il est ou Yvan ? Je croyais qu’il était en vacances ?

 Vie de club.

Enfin, une vraie histoire de rugby : Le discours du capitaine.
Dimanche matin d’un match classique à l’extérieur. Rendez-vous au siège à 6H30 et en avant pour 4 grosses heures d’autobus à travers la France. C’est pas le match le plus important de la saison. Tu sais, c’est le genre de match que tu peux te permettre de perdre. Un match à l’extérieur sans tes supporters, sans vraiment de pression et quoi qu’il arrive, un match qui sera résumé le lendemain matin par un journaliste de chez eux. Donc, t’y vas pour y aller, et pourtant..
Un trajet de 4 heures, même s’il ne fait que 4 heures, faut bien l’occuper quand même. Forcément, t’en as toujours une poignée qui en profite pour finir leur nuit l’oreille collée à l’oreiller lui-même collé à la vitre. T’en as aussi qui font pareil, mais c’est surtout pour commencer leur nuit. T’en as quelques-uns qui lisent la presse du jour. T’as aussi les fayots qui font croire qu’ils sont déjà dans le match en écoutant de la musique avec des écouteurs gros comme ça. Et puis t’as les autres, ceux qui sont en pleine forme, les agités, les joueurs dans l’âme. Ceux-là, et vu que Ricou, le méchant chauffeur leur a interdit de faire une petite pétanque dans le bus, ils en profitent donc pour entamer une partie de poker. Et vas-y donc que pendant 4 plombes, ça coupe, ça distribue, ça bluffe, ça triche (un peu), ça s’énerve, ça joue bien, ça joue mal, ça te sort des full aux as et des paires de 10, ça se dégoute, ça raconte des conneries et ça joue de l’oseille. Pas le temps de voir le temps passer et tout le monde est content.
Et puis y a le repas, que les spécialistes appellent sportif.
Et puis y a la petite balade en groupe
Et puis y a enfin la petite pétanque décompressante.
Et puis y a l’arrivée au stade, la reconnaissance du terrain.
Et puis y a l’entrée aux vestiaires.
Et puis y a tout le rituel du changement de tenue ; passer de sa tenue de ville à l’habit de lumière demande de l’ordre, du silence et de la tension.
Et puis y a la sortie des vestiaires pour l’échauffement.
Et puis y a le retour au chaud pour attendre l’appel de l’arbitre.
Et c’est là, messieurs-dames qu’intervient le capitaine : celui qu’on écoute, celui qui rassure, celui qu’on suit.
Il regroupe ses troupes. En rond, bien serrés au milieu du vestiaire. Il est prêt et il commence son discours : « Cet après-midi, on va gagner ! On va gagner parce qu’on est une équipe, parce qu’on est un groupe, parce qu’on n’a pas le droit de perdre ! Et puis surtout, on va gagner parce que tout à l’heure, j’ai déjà perdu la totalité d’une prime de match pour une victoire à l’extérieur au poker !
Ça tient à rien des fois une victoire : un carré de dames, contre un brelan de roi…Des fois…

 

La garderie du samedi aprés-midi.

Un rapide “amuse toi bien mon chéri”, le gamin prend son sac, descend, et la voiture disparait aussi vite qu’elle est arrivée. Exterieur ou domicile, peu importe de toute façon ce qu’il y a de bien au rugby, c’est que les gosses sont pris en charge et il n’y a pas besoin de les accompagner . Le bus s’en charge. Le seul inconvénient au rugby, c’est les affaires. Faut les laver après les entrainements ou les tournois, alors qu’avant, quand il jouait au hand, on pouvait sauter au moins une semaine. Par contre, fallait en trouver des bonnes excuses pour sauter son tour de voiturage pour les matchs à l’extérieur. Le môme? Au moins on l’a pas dans les pattes pour faire les courses. Un vrai bonheur. Il est heureux , il joue avec ses copains, ça le fatigue, et le soir, il va se coucher tôt. Par contre, cet après-midi, il m’a bien dit contre qui il jouait et ou, mais je m’en rappelle plus. Pas grave, même si ça avait l’ air important pour lui.

Ils avaient dit 17h30 ou 18heures, je sais plus bien. Il est 18h15, mais c’est pas trés grave, je sais qu’il y aura toujours un éducateur qui attendra les derniers parents avec le gamin. Sûrement que ça doit faire partie de son boulot, et surement aussi qu’il doit être bien payé pour ça. Un arrêt bruyant devant le siège du club, un coup de klaxon pour bien montrer qu’on est en retard, mais qu’on est à la fois hyper pressé et très mal garé, et le môme remonte dans la bagnole sans dire un mot. L’éducateur n’a pas le droit à un bonjour, un merci ou un excusez-moi. Et le gosse ne prend même pas la peine d’expliquer s’il a gagné, perdu ou bien joué. De toute façon on l’aurait pas écouté.

Heureusement que les parents ne sont pas tous comme ça, mais y en a…Et on en a tous connus.

Ainsi va la vie, dans une école de rugby….