La Page de Monsieur RUSIGBY

Y a pas que des conneries sur Facebook, il y a aussi du rugby, du rugby et tout ce qui va autour, tout ce qui enjolive notre sport favori.

Parmi ce “tout”, il ya la page de Monsieur Rusigby créée et animée par Didier CAVAROT, ancien joueur et supporter de l’Union Sportive Issoirienne, auteur de livres sur le rugby.

 

Didier CAVAROT

Conseil Municipal

 

– Et sinon quoi d’autres ?
– Ben, encore le rugby qui demande un club-house.
– Un quoi ?
– Un club-house. Un local, un endroit pour leurs activités.
– Leurs activités ? Ça se joue dans un local le rudby?
– Non, mais ils demandent d’avoir un lieu à eux ou ils pourraient se retrouver, préparer les gouters pour les enfants de l’école de rugby, faire leur réunion de dirigeants ailleurs qu’au domicile de chez l’un ou chez l’autre. Ils pourraient aussi organiser des repas d’après entrainement.
Un lieu qu’ils décoreraient aux couleurs de leur club et où ils mettraient des photos, des coupes, des fanions. C’est ça un club-house, un lieu convivial. Ils aimeraient aussi pouvoir accueillir les adversaires après les matchs pour le pot de l’amitié, pour la troisième mi-temps.
– Un lieu de débauche en quelque sorte ! De toute façon les rudbyman on sait ce que c’est, ça pense qu’à se saouler et à bouffer après les matchs. Des vrais sauvages avec leur troisième mi-temps.
– Tiens, en parlant de troisième mi-temps, samedi dernier, j’étais invité à l’ASM. Trop bien ! Trop la classe ! On a même eu le droit d’entrer au cocktail d’après match, c’était grandiose. On a bu ce qu’on voulait et fallait voir les petits fours et les toasts. Je sais pas où ils les prennent, mais ils étaient un peu bons. Pis après, on a pu faire des selfies avec les joueurs. Regardez, là je suis avec un, je sais plus comment il s’appelle, mais il était super sympa. C’était un tongien ou un samoan.. Enfin, en tout cas, il parlait pas trop bien français. C’était vraiment bien et on s’en est mis plein la panse.
Vraiment convivial comme ambiance. Les vraies valeurs du rugby.
– Bon, revenons au sujet, pour leur club-house, on fait quoi ?
– Pff, ça fait 30 ans que c’est comme ça, on y réfléchira la prochaine fois..
Photos : 1, le CS Puy-Guillaume qui attend et espère toujours un club house. 2, la maison des supporters Issoiriens, lieu de rencontres, de fêtes, de restauration, de formations, de réunions, mais surtout lieu de convivialité

 

Le sac des valeurs

 

Un jour, un rôle : le rugby (et ses vraies valeurs)
Elle m’a envoyé un gentil message suite à la chronique sur l’enfant de la balle. Elle m’a dit qu’elle s’était reconnue dedans et que surtout elle y reconnaissait parfaitement son loupiot. Déjà, j’étais content. Et dans le message, elle ajoute qu’enfant, on lui confiait le sac des valeurs. Et là, attention, souvenirs ! Le sac des valeurs. Si vous n’avez pas joué, vous ne pouvez pas connaitre. Le sac des valeurs, j’en avais oublié l’existence et c’est justement des spécialités comme celle-là qu’il me faut pour alimenter la page. Parce que c’est bien beau de dire que le rugby est un sport de valeurs, mais quand tu sais qu’à l’abri des regards, dans ces vestiaires si mystérieux, t’en a même un qu’est responsable des valeurs, t’as compris que c’est pas un truc à prendre à la légère. Et puis maintenant que je commence à bien vous connaitre, je sais d’avance qu’il y en aura un qui écrira en commentaire qu’ailleurs, dans les autres sports, ça se fait aussi. Sûrement que c’est vrai, mais je m’en fous parce qu’ici, on parle du rugby.
Et du coup : le sac des valeurs.
L’équipe se prépare dans le vestiaire. En général, c’est un vestiaire éloigné du stade. Un vestiaire de terrain annexe ou de sous les tribunes, mais où tu sens que la sécurité n’y est pas maximum. Donc, pendant que les mecs ou les filles se changent, un dirigeant expérimenté, observateur et prévoyant se dit que ce serait bien de faire un sac des valeurs pour éviter un sac des voleurs. Il recherche dans la boite à pharmacie, un pauvre sac en plastique et, jetant un œil autour de lui, désigne un responsable du sac des valeurs. C’est un gosse qui traine par les pieds, un blessé qui a besoin de sentir l’odeur du vestiaire d’avant match, ou un autre dirigeant qu’a plus rien à faire. Là, l’heureux élu passe de joueur en joueur avec son sac et chacun y dépose ses valeurs : porte-monnaie, montre, téléphone, portefeuille, bijoux, écouteurs, clés de bagnoles, La guiole etc etc… Et le ou la désigné a plutôt intérêt de faire gaffe au trésor parce que tout mis bout à bout, y en a quand même pour un peu d’oseille. Une fois plein, le sac est soit détenu par le dirigeant qui dirige tout, soit caché dans la pharmacie du bord de terrain jusqu’aux retour de l’équipe à la fin du match… Evidemment, et j’espère qu’il y en a qui y ont pensé, mais si Monsieur Rusigby se retrouvait un jour responsable du sac des valeurs, il profiterait du temps du match pour tenter d’ouvrir quelques téléphones et prendre quelques photos gênantes qui pourraient faire la joie du joyeux propriétaire quand il les découvrirait. Sinon, ça servirait à quoi d’être le chef des valeurs ?
Sinon ? Ben comme d’hab, 20 bouquins envoyés ou donnés aux journalistes depuis 6 mois pour exactement zéro retour, article ou quoi que ce soit… Les journaleux ne parlent pas de moi, mais en même temps, du rugby, faut dire aussi qu’ils disent toujours la même chose. Et le sac des valeurs, je crois pas qu’il y ait un journaleux du rugby qu’en ait déjà causé.
En photo : sac du club avec rien que des valeurs dedans (le sac et le club)

 

Un jour, un rôle : le vieux ronchon ( depuis l’début)

Et y a celui qui vient pour râler, pour ronchonner. Le vieux con sur les bords du stade qu’on l’appelle. C’est pas qu’il soit forcément con, vous l’aviez compris. En vérité on l’aime bien et il serait dommage de ne plus l’avoir, mais pour l’image du bord de stade, dire qu’il est un peu con sur les bords (du stade), je trouvais que c’était bien.

Il ne manquerait pour rien au monde un match à domicile. Toujours présent. Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige, toujours là ! Et toujours le même rituel. Il arrive en voiture aux alentours de 13h20 parce qu’il estime qu’il lui faut bien 10 minutes pour se garer et entrer au stade. Il cherche une place sur le parking. Un place la plus proche possible de l’entrée, et déjà, il râle parce qu’il en avait une en vue et elle est déjà prise. Il s’approche ensuite de la guitoune, salue tout le monde en râlant un peu quand on lui demande comment ça va. « Ça va, ça va comme un vieux, qu’est-ce que tu veux que je te dise ». 8 euros l’entrée. Trop cher ! Avant c’était moins. Marcel lui explique pour la centième fois que s’il avait pris sa carte d’abonné, il aurait fait des économies. « Pfff, si tu crois que j’ai déjà que ça à penser ! » A peine rentré dans le stade, pan ! 2 euros pour la bourriche de l’école de rugby. « J’espère que je vais gagner le kilo de nouilles et le litre de vinaigre… si je gagne la bourriche aujourd’hui, il me sera revenu cher le filet garni, depuis le temps que je paie ». Après, il va faire son petit tour à la buvette tout en jetant un œil sur l’équipe réserve qui s’échauffe. « Belle équipe de bras cassé en face! Et l’arbitre, encore un beau Charlot sûrement ! » Depuis le temps qu’il vient au match, c’est-à-dire depuis tout le temps, je ne crois pas qu’il ait déjà vu un bon arbitre…surtout en réserve. Un petit café, trop chaud et trop cher, et il va s’installer le long de la main courante. Là, c’est un festival, il a rejoint ses copains de toujours, ses voisins de stade, ses anciens coéquipiers du temps où il jouait, des vieilles rougnes comme lui. Proches du terrain, ils savent faire dégoupiller un talonneur, déstabiliser un frêle ailier et, (surtout), influencer un arbitre de touche déjà puni de faire la touche à l’extérieur et en réserve. Même l’arbitre en rigole quand il comprend que c’est à lui qu’on parle pour savoir s’il veut des lunettes, ou si c’est parce qu’il a eu le concours de facteur qu’il est obligé d’arbitrer (sponsor oblige).

Quand arrive le match de l’équipe première, c’est pareil mais en mieux ou en pire, ça dépend de quel côté on se place. Là, c’est le championnat du monde de la mauvaise foi, les jeux olympiques de l’impartialité, la coupe du monde du chauvinisme. Aucune décision sifflée contre son équipe favorite (les mauvais noirs donc), n’est logique et juste. De toute façon, c’est bien connu, ici on ne fait jamais de fautes. Et si par inadvertance un de nos joueurs commet un en-avant d’au moins deux mètres, en cherchant bien, s’il l’a fait c’est que forcément en face, ils sont montés trop vite parce qu’ils étaient hors-jeu. Ben tiens. Depuis l’début !!!

Fin du match… ou plutôt 2 minutes avant la fin du match, notre vieux ronchon plie le banjo parce qu’il ne faudrait quand même pas qu’il se retrouve dans les embouteillages à la sortie du stade. Surtout quand au bord du terrain y a au moins 300 spectateurs….

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Photo bien évidemment non contractuelle, vu que chez nous, des comme ça, on n’en a pas.

 

Mercredi, jour des gosses

Là, c’est la classe à Dallas ! Les mini-poussins. Si tu connais le rugby que parce que t’as un abonnement Canal, tu peux pas comprendre. Ce rugby-là, te dépassera rapidement.

Les moins de 8 ans. Le début de la grande aventure. L’apprentissage du rugby par le jeu, le jeu et rien que le jeu.

La catégorie des solides rigolos, des petitous qui se foutent du résultat et des en-avant pas toujours sifflés mais qu’il ne faut pas faire quand même. La catégorie ou tout le monde a gagné. Tant qu’il y a du jus d’orange et de la brioche à la fin, ça suffit largement au plaisir.

Le droit de se rouler dans la boue, de se faire des passes et de coller au ballon. 8 contre 8 sur un terrain d’environ 200m2 et où 2m2 suffisent largement. Tous au ballon. Celui qui court vite, c’est le plus fort. Des crevettes avec des chaussettes trop grandes, des shorts où t’en rentres deux dedans, des maillots flottant, le casque et le protège-dents. Des fois même le collant pour pas avoir froid. Je rappelle à tous que le collant du mini-poussin est un vêtement que portent les enfants quand les mères ont froid aux jambes. Et les crampons. La première paire. Celle qui compte et que les puristes gardent toute leur vie dans un carton à chaussures.

Et y a les matchs et les tournois. C’est important. Engagement, regroupement, départ, passe….dans le vide. Dommage, mais l’ailier n’a pas suivi. Il s’est arrêté en cours d’action, stoppé net par un ver de terre qui sortait de son trou. C’est rigolo un ver de terre. Il le ramasse, le regarde. Pendant que les autres continuent de jouer. Mi-temps. Coucou à papa et maman. On repart. Essai, pas essai, pas grave. De toute façon, on joue presque toujours contre les mêmes équipes.

Des fois même on joue pas contre, on joue avec. Il leur en manquait un, c’est normal. C’est une fille qui nous a marqué le dernier essai. Les filles jouent avec les garçons. A cet âge, aucun risque. Fin du tournoi. Les parents sont venus en voiture et se proposent de ramener le gamin à la maison. Faute ! A quoi ça sert de jouer au rugby si c’est pour pas rentrer en car avec les copains. Faut tout leur apprendre à papa et maman. C’est sérieux là, on parle de rugby. Et y a l’entrainement.

On y apprend la base, les règles, le respect, la douche. L’éducateur est là pour transmettre, surveiller, conseiller, fâcher (un peu), rire (beaucoup), ramasser les fringues oubliés dans les vestiaires, menacer (tu parles), et à la fin, on lui saute tous dessus.

L’année prochaine, ça sera pas pareil, on sera des grands, des poussins, et là, ça rigolera moins….ou plus, on verra.

 

Ecole de rugby ARPA-LIMOUX

Recupération (de ballons)

 

Un jour, un rôle : Récupération(s)
C’est une belle tradition dont on ne parle malheureusement pas assez.
Une de ces belles habitudes du monde rugbystique amateur. Une tradition qui demande ruse, méthode, réactivité et opiniâtreté : le vol de ballon.
Vol est certes un bien grand mot, et on devrait plutôt parler de récupération.
D’ailleurs depuis le temps qu’on entend parler de récupération au rugby, ça nous fera un sujet de plus à mettre dans ce chapitre. Parce qu’ après la récupération du ballon sur turn over ou, comme disent les commentateurs de la télé, sans trop savoir de quoi ils parlent: sur off loads. Après la récupération après l’effort, faite de repos, d’étirements et de bières, et enfin, après la récupération de « bons mots » par des anciens qui les ont entendu quelque part et qui disent que c’est eux qui l’ont dit, voilà qu’on va parler de la récupération du ballon des autres.
Bien qu’à priori facile, c’est malgré tout quelque chose qui n’est pas permis à tout le monde et pour arriver à mener à bien l’entreprise, il faut que le terrain s’y prête et que les personnes concernées soient au courant de la manœuvre. Pour cela, il faut :
– Des tribunes basses qui permettent au ballon de se retrouver coincé sur le toit. Et ça tombe mal, on n’a pas les clés pour le local ou on range l’échelle.
– Un grillage proche de la main courante, avec si possible derrière ce grillage, un verger, un buisson, ou au pire un parking rempli de voitures, ce qui permet au ballon égaré de se perdre complètement au moins jusqu’au départ des visiteurs.
– Des panneaux publicitaires assez hauts derrière les poteaux. Si on place deux ou trois mômes de l’école de rugby à des endroits stratégiques pendant les tentatives de pénalité des autres, normalement, le ballon disparait assez rapidement.
D’autres techniques existent forcément, mais, actuellement en formation pratique, Monsieur Rusigby ne connait pas encore toutes les ficelles d’un chapardage de ballon dans les règles. Veuillez m’en excuser.
Une fois qu’on a le ou les ballons, rien de plus simple : il suffit juste de posséder un bon marqueur et une éponge qui gratte avec le coté vert pour effacer le nom des autres et mettre les initiales de notre club, et le tour est joué. Facile, propre, loyal, réglo, fait play : valeurs !
Et c’est pas la peine de vous offusquer…Tout le monde le fait…D’ailleurs si vous avez des noms, n’hésitez pas..

Raccrocher les crampons

 

 

Voila, c’est terminé. L’arbitre vient de siffler la fin du match. Sans le savoir, sans y penser forcément, il vient aussi de siffler la fin d’une carrière. Dernier match de la saison, dernier match tout court pour certains.

Il n’y a pas si longtemps, c’était hier. Le joueur se revoit, accompagné par ses parents. Il allait s’inscrire à l’école de rugby du coin. Mini poussin, haut comme deux ballons, les chaussettes aussi larges que les genoux. Et puis les benjamins, les minimes, les cadets, les juniors, les copains, le cul par la fenêtre du bus, les premières troisième mi-temps, le jeu, le ballon, l’odeur du clan.

Clap de fin sur une carrière. Début d’une autre vie avec un autre rugby. Celui des souvenirs, mais aussi peut être, celui de la transmission et du temps à donner à son club de toujours.

Educateur, dirigeant ou simple supporter, il ne pourra pas quitter 30 ans de vie comme ça, sur un simple coup de sifflet. Il aura tout connu, le meilleur comme le pire. Les belles victoires, les sales défaites, les blessures, les honneurs ou l’anonymat. Qu’il ait joué en top 14 ou en quatrième série, il aura donné tout ce qu’il avait pour son club.

L’arbitre a sifflé et c’est fini. Il remerciera une dernière fois le public. Ses coéquipiers le porteront peut être en triomphe. Ses adversaires du jour, viendront lui serrer respectueusement une dernière fois la main, et il rentrera une dernière fois dans ce vestiaire si secret. Il gardera son short et ses chaussettes et rendra son dernier maillot qui servira l’année prochaine à son remplaçant. Une dernière troisième mi-temps avec les copains, les adversaires et les supporters et il rentrera chez lui.

Dernier match, dernières douleurs. Il sait qu’il ne connaitra plus jamais l’odeur du vestiaire, les discours de l’entraineur, l’attente de l’appel de l’arbitre, le couloir. Tout ça est fini. Demain, il sortira une dernière fois ses affaires du sac. Il mettra tout au sale, comme chaque fois. Il prendra ses derniers crampons, et s’en ira les raccrocher quelque part.

Comme un symbole, il raccrochera les crampons pour de vrai. Pas forcément à la vue de tous, mais bien visible pour lui, pour qu’il n’oublie jamais. A l’atelier, là, ou il aime bricoler seul. Ses crampons seront près de lui, bien accrochés à un clou quelconque. Les mois passeront, les années aussi et, un dimanche de printemps, à la saison des fins de saison, il découvrira amusé que sa dernière paire de crampons a trouvé une autre vie, un autre rôle. Un couple de rouge-queue est venu y faire son nid. Il a trouvé que cette paire de chaussures accrochée au mur serait parfaite pour voir grandir ses petits. De mini-poussin à mini oisillon, la boucle est bouclée, et la vie continue en ovalie.

A retrouver dans le livre de Didier Cavarot: Chroniques d’un rugby ordinaire de Monsieur Rusigby, aux éditions de la Flandonniere.

Raccrocher les crampons (suite)

Quand c’est madame qui décide.

Mais retournes-y bordel ! Tu m’énerves à te voir tourner en rond depuis le mois d’aout.
Toute l’année tu dis que c’est plus de ton âge, que les coups font de plus en plus mal, que t’as des courbatures jusqu’au mercredi, que tu comprends plus les jeunes de maintenant, que c’était mieux avant et qu’il faut savoir s’arrêter avant qu’il ne soit trop tard. Et maintenant, tu tiens plus en place.
C’est pas en rangeant 20 fois le garage par semaine et en tondant la pelouse 3 fois par jour que tu vas évacuer toute cette frustration. Ça sert à rien de dire que t’arrêtes si c’est pour passer ton temps à te plaindre, à souffler et à relire le Midi Olympique devant les matchs à la télé. J’ai bien compris que les troisième mi-temps c’est pas pareil si t’as pas fait les deux premières avant, et que la bière est moins bonne si tu la bois pas avec une lèvre fendue, une arcade gonflée ou une oreille toute rouge.
Je sais bien que l’équipe 3 t’attend, mais que t’es pas encore prêt à aller jouer le dimanche matin contre d’autres vieux comme toi. T’as encore besoin de compétition, de combat et surtout de reconnaissance.
T’avais promis que c’était la dernière, parce que t’y croyais, qu’on était en fin de saison et que t’en avais vraiment plein les bottes. Mais en deux mois, t’as rechargé les accus, t’as refait les niveaux et tu te dis que t’es encore capable de rendre service. Alors, retournes-y. Refait ton sac, appelle le coach et dis-lui que t’en refais une autre, comme tous les ans, ça sera mieux pour tout le monde.
Remarques bien que tu progresses, t’as tenu jusqu’au mois de septembre cette année

L’Enfant de la balle

 

C’est ce petit bonhomme qui traine partout avec les grands. Il est tombé dedans quand il était petit. Son père est entraineur, joueur ou dirigeant et il l’amène partout avec lui.
Le gamin a presque tous les droits. Il fait partie de l’équipe. Il est là les jours de match, en tenue de joueur, avec le même maillot que les séniors. Il rentre dans les vestiaires, regarde les joueurs se préparer, sort avec eux pour l’échauffement. Il court à leur côté. Il rend service. C’est lui qui va chercher les ballons ou qui ramasse les plots. Il suit l’équipe quand elle retourne aux vestiaires pour le dernier discours. Il écoute, enregistre, observe, se serre avec les gros, tape dans la main des trois-quarts. Et toujours avec un ballon dans les mains. Quand les joueurs sortent, il est le premier à les encourager, et dans le couloir qui mène au terrain, tous lui font un signe amical.
Le match commencé, il décroche vite. Il n’est pas spectateur, il est acteur. Il part donc retrouver ceux de son âge pour un match improvisé derrière les tribunes. Il surveille quand même le score. A la fin, il rentre sur le terrain pour féliciter ou consoler son équipe, et il retourne aux vestiaires avec eux. Il s’assoit, il a sa place et il écoute les commentaires, les blagues et les mots des grands. II aimerait aussi prendre la douche avec les autres, mais c’est pas possible. Il se demande quel gout ça peut avoir une bière après un match. Quand il sera grand, il fera tout pareil parce qu’il se rappellera de tout. Il n’a pas encore l’âge de trop trainer au club house. Juste un petit passage. Le reste, la vraie troisième mi-temps c’est le grand mystère, la légende. Il attendra d’être plus vieux pour savoir, demain y a école.
Puis l’enfant de la balle, disparait du groupe. Il devient ado et on ne le voit plus avec les séniors. Il joue avec son équipe, et reste avec sa bande. Il devient supporter, spectateur des grands, s’assoit en tribune, balance des vannes et toujours avec ses potes.
L’enfant de la balle, réapparait au début d’une nouvelle saison. Il est devenu sénior, joueur en équipe première ou réserve de son club de toujours, et il peut maintenant vivre et mettre en pratique tout ce qu’il a vécu quand il était môme

Fausse licence

– Bon, tu te rappelles qu’est-ce qu’on a dit ? Pas de bêtises, pas de gaffes !
– Ouais, ouais c’est bon, j’ai compris.
– Comment tu t’appelles ?
– Ben Gégé pardi !
– Putain, mais non. Aujourd’hui tu t’appelles Yvan. Yvan Durêve même. C’est ton nom pour aujourd’hui.
– ???? Mais on peut bien m’appeler Gégé quand même ?
– Oui, mais non ! Tu sais bien, je te l’ai répété 1000 fois. Aujourd’hui tu t’appelles Yvan.
– Mais c’est pas moi Yvan. Yvan c’est çui qu’est pas là pendant deux mois à cause qu’il est en vacances.
– C’est pour ça qu’aujourd’hui tu prends sa place.
– Mais je pourrais m’appeler quand même Gégé ? Parce que moi, la place à Yvan, c’est dur quand même. Je suis pas ouvreur.
– Non tu pourras pas t’appeler Gégé! Le Gégé, le vrai Gégé… Toi donc, il a pris 8 matchs de suspension à cause qu’il a assommé un adversaire. Tu t’rappelles ? Donc comme le vrai Gégé qu’est en vérité toi, il peut pas jouer, ben il va jouer quand même avec le nom d’un autre. Et cet autre, c’est Yvan. Alors même si Yvan, il joue ouvreur, toi, tu vas le remplacer sur la feuille mais tu joueras quand même devant.
– Qui ça ? Moi, ouvreur ? Et Yvan, il jouera quoi quand il reviendra ?
– Ben oui toi imbécile ! Mais devant. Pas ouvreur. Enfin, C’est toi qui va jouer à la place d’Yvan qu’est pas là et on fera croire que c’est le Gégé qu’est pas là.
– Mais pourtant j’suis bien là.
– Mais oui, bien sûr que t’es là. Je te vois même, là, devant moi. Mais en vérité, c’est pas toi, c’est Yvan que je vois.
– Ou ça ? Il est ou Yvan ? Je croyais qu’il était en vacances ?

 Vie de club.

Enfin, une vraie histoire de rugby : Le discours du capitaine.
Dimanche matin d’un match classique à l’extérieur. Rendez-vous au siège à 6H30 et en avant pour 4 grosses heures d’autobus à travers la France. C’est pas le match le plus important de la saison. Tu sais, c’est le genre de match que tu peux te permettre de perdre. Un match à l’extérieur sans tes supporters, sans vraiment de pression et quoi qu’il arrive, un match qui sera résumé le lendemain matin par un journaliste de chez eux. Donc, t’y vas pour y aller, et pourtant..
Un trajet de 4 heures, même s’il ne fait que 4 heures, faut bien l’occuper quand même. Forcément, t’en as toujours une poignée qui en profite pour finir leur nuit l’oreille collée à l’oreiller lui-même collé à la vitre. T’en as aussi qui font pareil, mais c’est surtout pour commencer leur nuit. T’en as quelques-uns qui lisent la presse du jour. T’as aussi les fayots qui font croire qu’ils sont déjà dans le match en écoutant de la musique avec des écouteurs gros comme ça. Et puis t’as les autres, ceux qui sont en pleine forme, les agités, les joueurs dans l’âme. Ceux-là, et vu que Ricou, le méchant chauffeur leur a interdit de faire une petite pétanque dans le bus, ils en profitent donc pour entamer une partie de poker. Et vas-y donc que pendant 4 plombes, ça coupe, ça distribue, ça bluffe, ça triche (un peu), ça s’énerve, ça joue bien, ça joue mal, ça te sort des full aux as et des paires de 10, ça se dégoute, ça raconte des conneries et ça joue de l’oseille. Pas le temps de voir le temps passer et tout le monde est content.
Et puis y a le repas, que les spécialistes appellent sportif.
Et puis y a la petite balade en groupe
Et puis y a enfin la petite pétanque décompressante.
Et puis y a l’arrivée au stade, la reconnaissance du terrain.
Et puis y a l’entrée aux vestiaires.
Et puis y a tout le rituel du changement de tenue ; passer de sa tenue de ville à l’habit de lumière demande de l’ordre, du silence et de la tension.
Et puis y a la sortie des vestiaires pour l’échauffement.
Et puis y a le retour au chaud pour attendre l’appel de l’arbitre.
Et c’est là, messieurs-dames qu’intervient le capitaine : celui qu’on écoute, celui qui rassure, celui qu’on suit.
Il regroupe ses troupes. En rond, bien serrés au milieu du vestiaire. Il est prêt et il commence son discours : « Cet après-midi, on va gagner ! On va gagner parce qu’on est une équipe, parce qu’on est un groupe, parce qu’on n’a pas le droit de perdre ! Et puis surtout, on va gagner parce que tout à l’heure, j’ai déjà perdu la totalité d’une prime de match pour une victoire à l’extérieur au poker !
Ça tient à rien des fois une victoire : un carré de dames, contre un brelan de roi…Des fois…

 

La garderie du samedi aprés-midi.

Un rapide “amuse toi bien mon chéri”, le gamin prend son sac, descend, et la voiture disparait aussi vite qu’elle est arrivée. Exterieur ou domicile, peu importe de toute façon ce qu’il y a de bien au rugby, c’est que les gosses sont pris en charge et il n’y a pas besoin de les accompagner . Le bus s’en charge. Le seul inconvénient au rugby, c’est les affaires. Faut les laver après les entrainements ou les tournois, alors qu’avant, quand il jouait au hand, on pouvait sauter au moins une semaine. Par contre, fallait en trouver des bonnes excuses pour sauter son tour de voiturage pour les matchs à l’extérieur. Le môme? Au moins on l’a pas dans les pattes pour faire les courses. Un vrai bonheur. Il est heureux , il joue avec ses copains, ça le fatigue, et le soir, il va se coucher tôt. Par contre, cet après-midi, il m’a bien dit contre qui il jouait et ou, mais je m’en rappelle plus. Pas grave, même si ça avait l’ air important pour lui.

Ils avaient dit 17h30 ou 18heures, je sais plus bien. Il est 18h15, mais c’est pas trés grave, je sais qu’il y aura toujours un éducateur qui attendra les derniers parents avec le gamin. Sûrement que ça doit faire partie de son boulot, et surement aussi qu’il doit être bien payé pour ça. Un arrêt bruyant devant le siège du club, un coup de klaxon pour bien montrer qu’on est en retard, mais qu’on est à la fois hyper pressé et très mal garé, et le môme remonte dans la bagnole sans dire un mot. L’éducateur n’a pas le droit à un bonjour, un merci ou un excusez-moi. Et le gosse ne prend même pas la peine d’expliquer s’il a gagné, perdu ou bien joué. De toute façon on l’aurait pas écouté.

Heureusement que les parents ne sont pas tous comme ça, mais y en a…Et on en a tous connus.

Ainsi va la vie, dans une école de rugby….